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«La mesure du pardon» 
Homélies
Saül se mit
en route avec
trois mille hommes,
l'élite d'Israël,
pour traquer David dans le désert
de Ziph.
Pendant la nuit, David et Abishaï
son compagnon pénétrèrent
à l'intérieur
du campement
de Saül ;
ils trouvèrent
celui-ci
qui dormait
au centre,
sa lance plantée
en terre
près de sa tête ; Abner,
le chef de l'armée,
et ses hommes étaient couchés autour de lui.
Alors Abishaï
dit à David :
« Aujourd'hui
Dieu a livré
ton ennemi
entre tes mains.
Eh bien,
je vais le clouer
à terre avec
sa propre lance,
d'un seul coup, e
t je n'aurai pas
à m'y reprendre
à deux fois. »
Mais David
dit à Abishaï :
« Ne le tue pas !
Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté
la main sur le roi,
qui a reçu
l'onction
du Seigneur ? »
David
prit la lance
et la gourde d'eau qui étaient près
de la tête de Saül,
et ils s'en allèrent.
Personne
ne vit rien,
personne ne le sut, personne
ne s'éveilla :
ils dormaient tous, car le Seigneur
avait fait tomber
sur eux
un sommeil mystérieux.
David passa
sur l'autre versant
et s'arrêta
sur le sommet,
à bonne distance.
Il appela Saül
et lui cria :
« O roi,
voici ta lance.
Qu'un jeune garçon traverse et vienne
la prendre !
Le Seigneur
rendra à chacun selon sa justice
et sa fidélité. Aujourd'hui,
le Seigneur
t'avait livré
entre mes mains, mais je n'ai pas voulu porter
la main
sur le roi,
qui a reçu
l'onction du Seigneur. »

Réflexion pour le 7e dimanche ordinaire C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 6, 27-39

Je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.

A celui qui te frappe sur une joue, présente l'autre. A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez quand vous êtes sûrs qu'on vous rendra, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent.  Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Dieu très-haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés.  Donnez, et vous recevrez : une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. »



Dans le monde, tout peut devenir objet de profit : les causes humanitaires, la maladie, le pouvoir, et même les oeuvres de l'Eglise. Nous sommes atteints par le mal et la méchanceté, soit comme victime, soit comme bourreau. Tous, dans nos familles, dans nos relations d'amitié, de travail, de société, nous sommes confrontés, d'une manière ou d'une autre, à ces attaques. Face à ces réalités, il y a plusieurs réponses instinctives et naturelles. Souvent c'est l'escalade de la violence, l'intimidation, la force de frappe, les procès.

Mais, l'évangile a parfois des petites phrases qui nous compliquent la vie. A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique, donne à qui te demande! La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous! Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ! A celui qui te frappe sur une joue, présente l'autre ! Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole ! Il n'est pas normal d'aimer ses ennemis, de faire du bien sans vraiment, sincèrement, attendre quelque reconnaissance de la part de l'autre; d'épargner son adversaire alors que l'occasion rêvée nous est offerte de lui faire du mal, de l'humilier.

Jésus nous demande d'aller  jusqu'à l'amour de nos ennemis. L'exigence du  pardon est révoltante : tout oublier, n'avoir plus rien sur le coeur! Pas facile d'être la cible de quelqu'un, d'être haï, d'être maudit, d'être maltraité.

Quasiment impossible, dans ces situations-là, d'être bienveillant et généreux.  Jésus sait et annonce que cela va arriver, mais ce serait faire preuve de manque de sens que de comprendre que nous devons être victime consentante.

Aimer vos ennemis, c'est plus qu'une image. Dans le bouddhisme, la violence fait partie des passions à éliminer. Toutes les passions en fait doivent être éliminées dans le boudhisme. Quand les passions ne guident plus les actions, le boudhisme enseigne que nous sortons finalement du cycle de la réincarnation.  Le bouddhiste arrive ainsi à voir dans l'ennemi, un maître qui lui enseigne l'humilité,  la connaissance de sa personnalité secrète. L'enseignement de Jésus diffère radicalement.   L'amour des ennemis, c'est une générosité hors de proportion, comme celle de Dieu lui-même qui est bon pour les ingrats et pour les méchants. Jésus présente un Dieu  de miséricorde, qui a du coeur pour les misérables, les scélérats, les pauvres et les malheureux.

C'est ce que Jésus nous demande de faire à notre tour. Il serait plus facile de suivre l'enseignement de Jésus s'il avait dit tout simplement : "Soyez gentils envers vos ennemis!"! Vivre à la manière de Dieu, c'est spécial, ça ne va pas de soi, ça demande même des efforts extraordinaires pour ne pas faire comme tout le monde. Jésus nous invite à se regarder autrement, et à voir les autres autrement. Il nous invite à voir avec ce regard spécial de Dieu pour le meilleur de nous-même, et avec sa générosité  pleine de pardon pour nos pires excès. 

La lutte contre la violence est un combat que nous devons mener à l'intérieur de nous-même. Un combat contre soi d'abord, et non pas contre l'autre. Quand nous réalisons que les terres dévastées par la guerre et le mal se trouvent en nous-mêmes d'abord, alors nous nous surprenons à regarder l'autre d'un oeil neuf. Nous mesurons le monde autrement, de cette mesure dont mous aimerions qu'on se serve pour chacun de nous un jour. Agir ainsi, c'est être chrétien vraiment. C'est travailler à la construction du royaume de Dieu.

Serge Lefebvre