L'année de la mort du roi Ozias,
je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé,
et les pans
de sa robe remplissaient
le temple.
Des séraphins
se tenaient
au-dessus de lui;
ils avaient chacun
six ailes;
deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils
se servaient
pour voler.
Ils criaient
l'un à l'autre,
et disaient:
Saint, saint, saint
est l'Éternel
des armées!
toute la terre est pleine de sa gloire!
Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
Alors je dis:
Malheur à moi!
je suis perdu,
car je suis un homme dont les lèvres
sont impures,
'habite au milieu d'un peuple dont
les lèvres
sont impures,
et mes yeux
ont vu le Roi, l'Éternel des armées.
Mais l'un des séraphins vola
vers moi,
tenant à la main
une pierre ardente, qu'il avait prise
sur l'autel avec
des pincettes.
Il en toucha
ma bouche, et dit:
Ceci a touché
tes lèvres;
ton iniquité
est enlevée,
et ton péché
est expié.
J'entendis la voix
du Seigneur, disant: Qui enverrai-je,
et qui marchera
pour nous?
Je répondis:
Me voici, envoie-moi.
Il dit alors:
Va, et dis
à ce peuple:
Vous entendrez,
et vous ne comprendrez point; Vous verrez,
et vous ne
saisirez point.
Rends insensible le coeur de ce peuple, endurcis ses oreilles, et bouche-lui les yeux, pour qu'il ne voie point
de ses yeux, n'entende point
de ses oreilles,
ne comprenne point de son coeur,
ne se convertisse point
et ne soit point guéri.
Réflexion pour le 5e dimanche ordinaire C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 5, 1-11
Jésus se trouvait un jour sur le rivage du lac de Génésareth, et la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu. Apercevant au bord du lac deux barques, d'où les pêcheurs étaient descendus pour nettoyer leurs filets, il monta dans l'une d'elles qui appartenait à Simon, et le pria de s'éloigner un peu du rivage. Puis, il s'assit et, de la barque, il instruisit la foule.
Quand il eut cessé, il dit à Simon : «Pousse en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher.» Simon lui répondit : «Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais à ton ordre, je jetterai les filets.» L'ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons ; mais leurs filets se déchiraient. Alors ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques au point qu'elles s'enfonçaient. A cette vue, Simon-Pierre se jeta aux pieds de Jésus, et lui dit : «Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un pécheur.» L'épouvante en effet les avait saisis, lui et ses compagnons, à cause de la capture qu'ils avaient faite. Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Alors Jésus dit à Simon : «Ne crains point, désormais ce sont des hommes que tu prendras.» Et quand ils eurent ramené les barques à terre, ils laissèrent tout et le suivirent.
Le texte de la vocation du prophète Isaïe nous laisse perplexes. Il y a un gouffre entre cette vision, qui relève plus d'un film de science fiction, et notre approche de Dieu, souvent bien posée et rationnelle. La réaction d'Isaïe suite à cette vision nous paraît aussi étrange. Pourquoi cette panique ? Pourquoi y a-t-il besoin de ce geste d'absolution, cette braise appliquée sur la bouche, pour qu'Isaïe puisse répondre à sa vocation ?
Que dire de la sensation quand on est devant le silence de l'infini et que cet infini nous regarde, nous connaît jusqu'aux fins fonds de nous-mêmes ? Isaïe se sentait anéanti devant Dieu. Il ne se sentait pas apte à parler au nom de Dieu. Isaïe n'a pas eu peur d'un Dieu gendarme qui va punir parce qu'on a transgressé une loi. Il était craintif devant l'immensité de Dieu. Cette crainte de Dieu nous permet de nous situer à notre juste place dans l'univers... nous sommes des êtres de cendre et de poussière. De nos jours, on a fait entrer Dieu dans des catégories raisonnables. On en a fait le garant de la moralité. On parle volontier du Bon Dieu, du Petit Jésus comme s'il n'avait pas un peu grandi depuis Noël. On oublie la distance entre Dieu et nous.... et il y a toute une distance entre l'infini de Dieu et le fini de notre monde! C'est ce que la première lecture veut transmettre.
Dans le Nouveau Testament, s'il est question toujours de l'infinie distance de Dieu, c'est pour annoncer que Dieu lui-même franchit cette distance! Dans l'évangile d'aujourd'hui, Pierre, Jacques et Jean quittent tout pour suivre Jésus. Dieu a fait irruption dans leur vie. Il ne les a pas consulté avant. Jésus est au milieu de ses disciples dans leurs besognes quotidiens. Ils sont là avec leur barque, leurs filets, leur métier de pêcheurs. Pour les atteindre, en ce qui compte le plus à leurs yeux, il les a aidés à attraper du poisson jusqu'à faire craquer les filets et à enfoncer les barques. Simon, non seulement sera récompensé en remplissant sa barque de poissons, mais il recevra la mission de devenir le capitaine de l'Église.
Le miracle est le signe qui a permis à Simon de découvrir le message de Jésus, la personne même de Jésus. Avec Jésus, l'abîme entre Dieu et nous n'est pas disparu. La distance existe mais le royaume des cieux est proche. Jésus nous en fait prendre conscience. C'est toute une nouveauté! Simon, par la foi, a traduit la parole reçue en parole donnée, en acte de vie. Simon est entré dans l'oeuvre de la création. Simon est devenu Pierre, le disciple. D'un pêcheur rentré bredouille un certain matin qui a osé dire oui, Jésus fait son serviteur pour la gloire de son Père et le salut du monde.
L'appel que Jésus a lancé à ses premiers disciples, il continue de l'adresser à tous ceux et celles qui adhèrent à lui par la foi et le baptême. Pourquoi ne ferait-il pas de nous ses disciples pour aujourd'hui? Jésus nous invite à bâtir notre foi et notre engagement sur l'instabilité, l'étonnement et l'espérance. À fonder nos certitudes et notre témoignage sur l'inconfort du questionnement.
Le miracle de la pêche abondante, c'est le miracle de l'appel reçu de Dieu. Cet appel efface la culpabilité et offre la dignité de l'espérance et de l'engagement, du don de soi-même pour la vie. Il n'y a pas de demi-mesure à l'espérance ; nous pouvons tout laisser, comme Simon, et les fils de Zébédée : le sentiment d'impuissance ou d'insignifiance, la culpabilité, la peur, la honte, la résignation, le désespoir. Tout quitter comme Pierre pour suivre Jésus c'est d'abord une attitude intérieure qui pousse à franchir une grande distance pour laisser la foi agir. Se quitter soi-même, considérer son existence comme un lieu où Dieu, par Jésus, se rend présent et agit. Vivre tout à partir de Jésus en s'abandonnant à lui, vivre toute situation humaine, professionnelle, familiale, toute réussite humaine, par lui, avec lui et pour lui.
Aujourd'hui, Jésus a encore besoin de toute la main d'oeuvre disponible pour que son rêve de justice, d'amour et de paix se concrétise un peu partout dans le monde. Il compte sur chacun et chacune de nous.
Quels services pouvons-nous rendre à Jésus aujourd'hui?
En quoi Jésus me demande-t-il de lui faire confiance même sans comprendre?
Est-ce que je peux dire de Jésus qu'il est toute ma vie?
Serge Lefebvre