Homélies... «Le passage obligé»
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Réflexion pour le 34e dimanche ordinaire C

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 23, 35-44

Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu ! »  Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »  Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !  Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal. »  Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »


Le trône de Jésus, c’est la croix. Cela mérite réflexion!

Au temps de Jésus, la crucifixion, loin d’être une manière quelconque de mourir parmi d’autres, constitue une pratique établie et qui a une connotation fortement péjorative. En effet, ce sont les rebelles qui peuvent en être victimes, les bandits, les terroristes, les agitateurs, les fauteurs de troubles, les gens qui semaient la panique, le désordre, voire l’insurrection visant à mettre en péril la paix publique. Ces gens-là recevaient la peine de crucifixion ou pendaison. Elle était considérée comme un châtiment divin.

La majorité parmi le peuple attendait en Jésus  un messie royal, victorieux, écrasant l'ennemi. Mais, la royauté de Dieu s’est manifestée dans le service. Elle s’est manifestée dans le pardon, l'amour, et l'accueil. La croix, est devenue lieu de révélation. La croix dévoile l’obéissance et la faiblesse de Jésus. Le message de la croix, c’est que Dieu est solidaire de nos souffrances, qu’il a vécu la fragilité de notre condition humaine pour nous rendre forts et nous ouvrir la voie du salut.

Jésus ne savait pas par anticipation tout ce qui l’attendait.  Il était pleinement homme et libre; à un certain moment, Jésus avait été  tenté de dire non et il pouvait le faire. Mais il a accepté volontairement sa mort. Il n’était pas prisonnier d’un destin fatal, il était libre mais solidaire de l’humanité. Sur la croix, Jésus nous a sauvé en nous donnant le témoignage d'un amour qui seul peut nous convertir. La conversion amène la rédemption. Ce n'est pas quelque chose qui se passe entre Jésus et son Père. C’est quelque chose qui nous fait aussi intervenir. Jésus ne veut pas nous sauver sans nous. Il vient en quelque sorte implorer notre conversion à la foi et à l'Évangile, et cette conversion passe par l'usage de notre liberté.

Du haut de la croix, Jésus nous invoque et nous supplie de nous convertir à l'amour à aller vers son Royaume.En attente de ce Royaume, ne restons pas les bras croisés. Faisons advenir le royaume par des gestes d'amour et de charité. Choisissons de nous aimer au lieu de faire la guerre, d’aider plutôt que d’ignorer, de témoigner de Dieu plutôt que de l’ignorer

La croix n’est pas un bijou, ni un objet de superstition aux vertus magiques. Elle a un sens. La croix est le passage obligé, la route vers le pays promis à tous les brigands que nous sommes.



Serge Lefebvre