Homélies... «L'importance des fruits»
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Réflexion pour 27e dimanche du temps ordinaire A

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21, 33-44

Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l'un, tuèrent l'autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais ils furent traités de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : 'Ils respecteront mon fils.' Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : 'Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l'héritage !' Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.


Cela a été difficile pour Jésus d'expliquer les choses du Royaume de Dieu. Les choses du Royaume sont très profondes et, quand il se fait demander de nous les expliquer, il doit trouver des moyens de nous les illustrer, nous qui sommes si limités. Jésus va donc parler souvent par des images.

Cette parabole  nous met plutôt mal à l’aise parce qu’elle met en scène la violence des humains. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus utilise cette parabole à la fin de son ministère. Il est  à Jérusalem où il est questionné par les grands prêtres et les anciens du peuple. C’est le moment de la controverse. Matthieu, en rappelant cette parabole, s’adresse à l’église naissante autour des années 80. Les Juifs sont encore sous le choc de la récente tragédie : Israël s’est soulevé contre l’occupant romain mais Rome a pris Jérusalem, l’a détruite ainsi que son temple tout neuf.


Avec sa parabole, Jésus raconte que le Royaume de Dieu  doit produire des fruits à travers les membres qui la composent. Dieu établit avec nous une relation de confiance où nous pouvons répondre à son appel par nous-mêmes et pas par la contrainte. Les fruits du Royaume sont la justice,  l'amour, la solidarité,  la fraternité, le pardon. Ces fruits ne viennent que par une vie vécue en Dieu. Jésus décrit différents envois de vignerons pour recueillir les fruits car la vie chrétienne comporte diverses crises à répétition. Le peuple de Dieu, les Israélites tout comme nous, est un simple gérant et non le propriétaire de la vigne.  La faute des vignerons est non seulement d’avoir mis à mort les messagers, mais également de n’avoir livré aucun fruit, d’avoir mené une vie stérile et une vie de désobéissance intérieure à l’égard de Dieu. La faute des vignerons c’est son refus de Dieu dans la personne de son Fils.

Les vignerons de la parabole sont odieux, et pourtant, si nous regardons autour de nous, n’y a-t-il pas des fils assassinés, des biens pillés ? Ne voyons-nous pas la convoitise produire de la violence ? Pour garder plus de fruits que ne sommes-nous pas disposés à faire ?   Les pages économiques de nos journaux sont remplies d’exemples. Nous n’avons nullement l’intention d’assassiner l’héritier du Royaume afin de nous saisir de l’héritage, mais il y a plein des manières d’imiter ces vignerons ingrats. Refuser d’écouter ce que Dieu nous dit par ses prophètes des temps modernes. Ne pas respecter l’esprit de l’évangile.

Ne sommes nous pas parfois comme ces vignerons qui, pour ne pas partager les fruits, nous retranchons derrière notre clôture ?

Chaque fois que nous prétendons être des justes tout en marchant sur d’autres chemins que celui de l’Évangile, nous nous comportons d’une manière insensée.

En prétendant disposer par nous-mêmes du don de Dieu, plutôt que de le recevoir à chaque instant avec reconnaissance, nous trahissons une suffisance qui étouffe l’amour.

Après les prophètes, l'Évangile insiste sur le devoir pour l'humain de produire des fruits pour Dieu, de passer à l’action. Jésus met en scène la persévérance de Dieu dans les appels aux vignerons, et l'obstination de ceux-ci dans la résistance, jusqu'au meurtre du Fils de Dieu. Jésus refuse la violence. Dieu ne recherche pas le sang des vignerons quand il rappelle que « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire » La violence meurtrière n’aura pas le dernier mot : la pierre rejetée sera érigée au matin de Pâques. Nul n’est exclu du Royaume. La démarche de Dieu consiste à triompher de la haine par la miséricorde, et à faire jaillir des cœurs les plus endurcis la source vive de l’amour. Dieu a fait de nous des êtres libres. Il est comme ce propriétaire qui est parti en voyage. Il veille sur nous, mais nous sommes libres de notre conduite.

Dieu n'impose pas sa loi toute puissante, une morale d'acier, des valeurs bien pesées, mais que faisons-nous des fruits que nous récoltons ? Que faisons-nous des pierres qui nous sont données ? Est-ce que nous les rejetons au loin comme les vignerons s’emparent du fils et le jettent hors de la vigne pour le tuer loin de chez eux ? Est-ce que nous en faisons de la pierre de construction pour bâtir une maison ? Le désir de Dieu, c’est que nous soyons les pierres vivantes de son Royaume.


Serge Lefebvre