Homélies... «Un élan du coeur»
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Réflexion pour le 27e dimanche ordinaire C

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 17, 5-10


Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit: « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait.
« Lequel d'entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens vite à table' ?  Ne lui dira-t-il pas plutôt : 'Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.'  Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ?  De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir.' »



Nous sommes tous concernés par l'avenir de nos communautés chrétiennes. Les prêtres sont vieillissants et la relève est plutôt clairsemée. Nous nous rendons bien compte que notre société se désintéresse d’une partie de nos valeurs. Nous vivons une situation qu'il faut prendre au sérieux. Il semble que ce que nous avons connu s’écroule… mais nous ne sommes pas la première génération à vivre une telle situation.

Devant les problèmes de la vie, une mort subite, une perte d’emploi, une maladie incurable, il nous semble aussi que tout s’effondre devant nous. Nous nous sentons impuissants. Tout apparaît éphémère. Nous espérions un miracle, mais en vain. Comment pouvons-nous croire encore? Notre foi espère un miracle. Parfois, notre foi vacille et, comme pour les apôtres, un cri jaillit du plus profond de notre cœur : Seigneur, augmente en nous la foi. Les apôtres avaient accepté de changer de vie et de suivre Jésus. Dans l’évangile d’aujourd’hui  et ils prennent conscience des difficultés de ce changement. Ils sentent combien ils sont peu de chose, avec leur trop peu de foi.

La rencontre avec Jésus, l’accueil d’une de ses paroles, peuvent être des événements qui changent la vie de quelqu’un. C’est d’ailleurs étonnant et inquiétant quand nous constatons, dans une communauté chrétienne, comment la rencontre du Christ ou l’accueil de son message ne semble pas avoir tellement d’influence sur la vie concrète, les prises de décision, les actions ou le choix des valeurs. Pourtant….

Une nuit, Camille et son papa se rendirent dans une prairie, loin de la ville et de ses lumières, avec leur télescope, afin de regarder le ciel. Le papa ajusta l’appareil soigneusement puis invita Camille à jeter un coup d’œil. C’était extraordinaire. Elle pouvait voir les anneaux de Saturne, les cratères de la planète Mars et la mer de la Tranquillité sur la lune. Puis le papa lui indiqua comment voir les étoiles : Polaris, Sirius, la grande ourse, les constellations d’Orion et d’Andromède. Et pour finir, cette nuit-là, ils purent même apercevoir les lumières de la navette spatiale. Ce soir-là, sa vocation pour l’astronomie vit le jour, et à partir de là elle ne fut plus capable de regarder le ciel comme auparavant.

Un événement qui transforme une vie.

Jésus nous invite à une vraie rencontre avec lui. Une rencontre qui fera que nous ne verrons plus le monde, les autres, la vie de la même manière. Après la rencontre de Jésus et l’accueil de l’évangile, vivre la paix, être capable de pardon et de justice devient possible d’une manière que nous n’oserions même pas imaginer.

Jésus nous dit que la foi c'est compter sur Dieu en lui faisant confiance. C’est être sûr de Dieu et lui laisser la place dans notre vie afin que son amour soit la source de nos choix, de nos raisons de vivre, de nos engagements. La foi ouvre une relation vivante avec Dieu. Pensons à ce qui nous arrive lorsqu'on croit à l'amour d'une personne pour nous. La foi c'est la force de l'amour de Dieu qui naît en nous.

Un petit peu de foi change toute la vie car rien n'est impossible à Dieu. Quand au nom de l'Évangile nous pardonnons, nous accueillons, nous aimons comme le Père du fils prodigue, alors souvenons-nous que c’est Dieu qui touche les cœurs. Nous sommes des serviteurs utiles, Dieu a besoin de nous. Il a besoin de nos mains, de nos yeux, de nos talents pour continuer d'aimer, consoler, guérir. Il nous demande simplement de poser le geste et c'est lui qui fait pousser la moisson. Dieu nous associe à son œuvre avec nos faiblesses et cela doit nous donner confiance. Nous sommes capables de poser des gestes, de donner du temps, nos talents et Dieu fera le reste. Il suffit d'un peu de foi pour que Dieu puisse faire l'impossible.

Oui, notre temps en est crise. Les médias nous montrent un monde violent et violenté, fracturé, en exode, jusque dans l’Église elle-même. En même temps, il n’y a jamais eu autant de réflexions sur la pauvreté, sur la justice, sur l’écologie, la solidarité,... En même temps, il y a des grandes générosités chez les jeunes, un grand sens de la justice et de la recherche de la vérité, une soif de rencontrer l’autre.

Dieu a besoin de nous. Rien ne doit nous décourager, parce que la foi, c'est la force de l'amour de Dieu en nous. Il faut prendre toute chose du côté de Dieu, de son amour : il ne s’agit pas d’un fatalisme, de tout subir, il s’agit d’accueillir ce qui nous arrive avec un regard de foi, comme Dieu regarderait l’événement, de vivre ce qui est à vivre avec Dieu. Oser croire que Dieu ne peut qu’aimer, qu’il est lumière et qu’en lui il n’y a pas de ténèbres, avoir cette confiance, cela transforme une vie.


Serge Lefebvre