Homélies... «Vivre en société»
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Réflexion pour 23e dimanche du temps ordinaire A

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18, 15-21

Jésus disait à ses disciples :

«Si ton frère vient à mal agir, va lui montrer ses torts seul à seul : s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.  S’il ne t’écoute pas, recours à l’assistance d’une ou deux personnes.  Ainsi toute affaire se réglera sur l’avis de deux ou trois témoins.  S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Église ; et s’il refuse aussi d’écouter l’Église, tu pourras le traiter comme un païen et un publicain.  Oui, je vous le déclare, tout ce que vous aurez lié sur terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur terre sera délié dans le ciel.

«Et je vous dis encore en vérité : Si deux d’entre vous sur terre s’accordent pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est dans les cieux.  Car là où deux ou trois se réunissent en mon nom, je suis au milieu d’eux.»



Le pardon entre amoureux est bien plus qu’une excuse. M'aimes-tu? Cette question les amoureux l'entendent souvent. L'amoureux a besoin, surtout après un malentendu, d'entendre l’aimé lui redire en chiffres astronomiques qu'il est aimé au-delà de son comportement. La réponse  sincère « tu sais bien que je t'aime » présuppose cette capacité d'oublier, d'effacer la faute. Dans l'Évangile, Jésus nous démontre à quel point  il nous aime. Pour lui aussi cela implique d'oublier la dette, d'effacer les comptes et cela de tout son cœur. Le texte d’aujourd’hui est un appel à l’amour et à l’action. Ce n’est pas un message d’intolérance.

Les Palestiniens peuvent-ils fermer les yeux quand les Israéliens les isolent derrière un mur? Les morts d’Irak doivent-ils être vengés ou doit-on pardonner à leurs assassins? La vie est aussi faite de petits drames qui empoisonnent nos existences, notre quotidien. Il faut choisir entre le langage de l'accusation qui divise et le langage du pardon qui resserre les liens de l'unité. Un foyer uni, une famille soudée, une communauté fraternelle c'est là où l'on pardonne. N'allons pas chercher ailleurs le secret du bonheur. Il est dans des relations harmonieuses qui pardonnent et se dont pardonner toutes les égratignures relationnelles. Demander le pardon, c’est vouloir s’excuser du passé ; l’accorder, c’est vouloir croire en l’avenir. Il faut savoir vivre en communauté et savoir faire des concessions. Pardonner, c’est  renoncer, refuser de punir une faute, de se venger d’une offense Pardonner, c’est consentir à ne pas avoir le dernier mot. C’est avoir de l’indulgence à l’égard du fautif, se refuser à entretenir une rancœur, une hostilité à son égard.

Le pardon n’est pas toujours facile à demander, et il n’est pas plus aisé à octroyer. La loi des hommes invitent à la rancune, vengeance, colère. La loi de Dieu, c'est la loi de la démesure de l'amour, le règne de la patience, du pardon et de la miséricorde. Le regard d'amour est plus fort que le regard punitif. Ca devrait être ainsi pour le chrétien. Retenir la vengeance comme solution divise, provoque des ruptures. Opter pour le pardon, ca crée des ponts de solidarité. Un psychologue a un jour sorti cette expression : « une société sans pardon est une société sans morale». Il n'est jamais possible que la guerre préserve la vie, et que la paix la détruise.

Un philosophe anglais du XVIIe siècle, Thomas Hobbes, a formulé les lois naturelles du comportement humain.  Une de ces lois dit que si nous avons des garanties pour l'avenir, nous devons pardonner les offenses passées à ceux qui s'en repentent et qui désirent ce pardon. Une autre loi  dit que, dans les vengeances (c'est-à-dire punir le mal par le mal), nous ne regardons pas à la grandeur du mal passé, mais à la grandeur du mal à venir.

L’Évangile va bien au-delà d’un comportement moral en société. Marchons dans les pas de Jésus. Dieu n'a pas choisi la vengeance à notre égard. Il a choisi le pardon, la patience et la tolérance. C’est un message d’espérance en son Royaume de justice. Nous, les chrétiens,  comme le bon berger, devons veiller à ce que la loi du talion ne vienne pas entacher le monde. 

Un jour nous avons été assez fous pour clouer sur une croix les deux bras, pourtant remplis d'amour de Jésus. Mais on n'enchaine pas la Parole.  Ce jour là la Liberté a été rendue à la terre. Encore faut-il que nous exprimions à Dieu notre désir de pardon, notre repentance. Alors nous l’obtiendrons.



Serge Lefebvre