Homélies... «Les clefs de la libération»
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Réflexion pour 21e dimanche du temps ordinaire A

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16, 13-20

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas: ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie.



Jésus a déjà posé cette question à ses disciples dans le texte proposé le (29 juin 2008, Fête de Pierre et Paul). Voici une autre réflexion sur ce texte.

« Que dit-on de moi, du Fils de l'homme ? »

Le terme Fils de l'homme est un terme qui décrit l'humanité de Jésus. Jésus demande ce que les gens (non ses adversaires) disent de cet homme qu’il est. La question de Jésus  a pour but d'en préparer une autre, pour ainsi passer à un niveau supérieur de pensée. Le peuple voyait que Jésus faisait des miracles au-dessus de la puissance des hommes. Il était donc un grand homme, mais sans plus.

Qui dit-on ...  « On » c’est facile, "on", ce sont les autres. Quand « on » est responsable, je ne suis pas concerné

« Et vous, que dites-vous de moi?  »

Quand Jésus pose la question directe aux disciples,  interpellante, et personnelle à la deucième personne et non plus à la première personne trop vague, neutre et générale, les disciples entrent dans leur vocation de témoins. Ils apprennent à rendre compte avec précision, douceur et respect, de ce qui les anime au contact de Jésus. Pierre dit la filiation divine de Jésus, non pas comme ceux qui, dans la barque disaient: “Celui-ci est vraiment le Fils de Dieu”. Ceux-là ne furent pas déclarés bienheureux. Ils considéraient Jésus comme ayant été élevé à ce titre. Pierre, lui, déclare Jésus comme étant Dieu.

« Il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie. »

Mais, pourquoi le « secret » de Jésus sur sa messianité ? C'est peut-être que ce mot était chargé de préjugés et de passion, ce qui le déformaient. Il fallait aussi attendre la résurrection. Parce qu'ils avaient la foi, les disciples ont eu cette révélation. Ils ont compris les signes des temps, ils ont reçu la Parole et ils ont compris qui est Jésus. Il ne voulait pas que les gens se convertissent sur la base d'une ferveur nationaliste ou d'un messianisme mal compris.

« Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux »

C'est désolant que dans l'Église et dans l’histoire, plusieurs ont fait attention plus à des clés, aux pouvoirs de lier et de délier qu'à la question que Jésus a posée, qu'à la volonté d'approfondir son identité et d'aider les gens à lui répondre.  L’appel de Dieu concerne tous les humains, chacun est appelé à témoigner en retour de la grâce qui lui a été faite.

Chacun a pour vocation de délier la vie de son prochain de l’imbroglio de son passé. Qu’il soit laïc ou prêtre, protestant ou catholique, engagé dans un ministère ou non, la valeur de sa vie chrétienne sera jugée à l’aune de sa capacité à délier, à libérer, en témoignant de Jésus. Les questions de Jésus n’ont rien perdu de leur force et de leur pertinence à notre époque. Une crise certaine affecte l’Église québécoise  qui a vu fondre ses effectifs, cependant  qu’en même temps on parle d’un retour au « religieux ». Ceux qui cherchent Dieu, sincèrement, du  plus profond de leur cœur, ceux-là ne se contenteront pas d’une succession d’affirmations et  de mots. Jésus s’adresse à la fois à nous tous et à chacun. La véritable  question posée par Jésus est de savoir quelle est la responsabilité de ceux qui le suivent. Pour comprendre qui est Jésus « pour moi ». Cette audace et cette capacité à dire personnellement qui est Jésus, c’est cela qui a fait la force des témoins.

Pour vous qui est Jésus ? Celui qui vous a pardonné, qui vous a mis au large, qui vous a redonné un avenir ? Ou bien un simple penseur ou moraliste de génie, parmi beaucoup d’autres ? Est-il le fils de Dieu ou simplement un fils des hommes ?  Nous tous, avons le pouvoir des clés, pouvoir de faire s’approcher les hommes du Royaume ou de les faire fuir. Tous, nous avons le pouvoir de lier, de laisser notre semblable à son passé, en le lui rappelant d'une façon plus ou moins consciente, comme si la grâce n’avait opéré pleinement pour soi.

Notre responsabilité de prêtres et de laïcs est de témoigner :   et de quoi donc, si ce n’est de ce que, comme le dit Jésus,  « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » ? Sommes-nous de ceux qui lient ou qui délient, de ceux qui  ouvrent un chemin vers la grâce ? Ou de ceux qui enferment les gens vers leurs culpabilités ?

Nous avons en main les clefs de la libération.


Serge Lefebvre