Homélies... «Le pain de l'inédit»
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Réflexion pour le 20e dimanche du temps ordinaire  B

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6, 51-58

Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Lecture du livre des Proverbes (9, 1-6)

La Sagesse a bâti sa maison, elle a sculpté sept colonnes. Elle a tué ses bêtes, apprêté son vin, dressé sa table, et envoyé ses servantes. Elle proclame sur les hauteurs de la cité : « Si vous manquez de sagesse, venez à moi ! » A l'homme sans intelligence elle dit : « Venez manger mon pain, et boire le vin que j'ai apprêté ! Quittez votre folie et vous vivrez, suivez le chemin de l'intelligence. »


Dans l’Ancien Testament, les Juifs voyaient dans le pain et le vin des images de la nourriture spirituelle. Ainsi, dans la première lecture, tirée du livre des Proverbes, la Sagesse de Dieu, personnifiée comme une femme prophétesse, exhorte à venir manger le pain et boire le vin, ils représentent le chemin de l’intelligence, c’est-à-dire de la connaissance de Dieu.

De nos jours, on dit d’un homme ouvert à tous et apte au service qu’il est du bon pain. On dit d’une femme toujours disposée à aider les autres et à prendre leur défense sans compter son temps qu’elle se laisse manger. Une mère, un père dira à l’enfant issu de leur amour : Je te croquerais. Ces diverses expériences peuvent nous permettre d’entrer dans la compréhension du texte de l’évangile de Jean. C’est sûr, l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais le pain est bien indispensable à la vie. Il y a une deuxième sorte de faim, c’est la faim du cœur et de l’esprit. Personne ne peut s’épanouir et vivre une vie vraiment humaine sans aimer et être aimé.

Ma chair est vraiment nourriture, insiste Jésus ; mon sang est vraiment boisson. Jésus vit en moi, et je vis en lui. Demeurer dans Jésus, c’est  trouver chaque jour en lui la lumière, la paix et le pardon. C’est puiser à sa vie la force de vivre, même quand l’épreuve est là, dont on ne voit pas la fin. C’est essayer de voir les choses, les événements et chaque personne comme lui les voit, et repartir chaque matin sur un chemin d’espérance. Demeurer dans Jésus, c’est lui apporter, dans la prière, tout ce qui enthousiasme ou appesantit notre cœur ; c’est laisser résonner sa parole au plus profond de notre liberté, et nous imprégner de ses réflexes de miséricorde.

La meilleure façon de rendre grâce, n’est-ce pas de prendre ce qui nous vient de Dieu pour le partager à ceux et celles qui partout, dans le monde, ont faim de nourriture nécessaire à la vie, soif d’eau indispensable à la survie et d’un peu de vin aussi pour la fête? N’est-ce pas devenir, comme celui de qui nous prétendons être les disciples, pain pour les autres en consacrant notre vie à l’élaboration de la justice qui fait vivre des rapports égalitaires et à la transformation de la société pour que tout homme, toute femme, tout enfant ait sa place au soleil? L’Eucharistie est le pain du voyage, le pain des témoins, le pain des missionnaires. Elle est en nous un gage de victoire sur les forces du refus, de l’agressivité et de l’isolement, et même sur celles de la maladie et de la mort.

L’application de ce texte ne se limite pas à une heure de culte, mais à toute la vie communautaire voire individuelle. Rendre grâce à Dieu et chanter le Seigneur ensemble trouve de nombres lieux d’expression. Ainsi Paul exhorte les Éphésiens à la sagesse, qui est équilibre, prudence et finalement sobriété. Il fait appel à la morale universelle. Puis les chrétiens doivent comprendre quelle est la volonté du Seigneur. Le signe de l’œuvre de l’Esprit est d’abord le renouvellement de l’intelligence qui amène à la sagesse des Proverbes. L’homme est fait pour un amour qui transcende toutes les frontières, qui aspire à devenir éternel. L’amour vrai tend de lui-même à désirer vivre toujours. Nous avons tous à l’esprit les serments romantiques de l’éternité de l’amour. Jésus, par son enseignement,  nourrit les esprits et par amour il comble les cœurs.

Croire et voir – et non : voir, et ensuite croire – constitue la toile de fond du dialogue sur l’eucharistie de Jean. Ses auditeurs sont invités à comprendre qu’il s’agit bel et bien d’un problème de vie et de mort. Le Dieu de Jésus nous aide à voir le monde. Croire à l’incroyable, c’est être à l’écoute de l’inédit, de ce qui est à faire; c’est avoir le courage de détecter les traces d’une espérance qui est là sans s’imposer.




Serge Lefebvre
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens
(5, 15-20)




Frères, prenez bien garde à votre conduite :
ne vivez pas
comme des fous, mais comme des sages.




Tirez parti du
temps présent,
car nous traversons des jours mauvais.




Ne soyez donc
pas irréfléchis,
mais comprenez bien
quelle est la volonté du Seigneur.





Ne vous enivrez pas, car le vin porte à la débauche.





Laissez-vous
plutôt remplir
par l'Esprit Saint.






Dites entre vous des psaumes,
des hymnes
et de libres louanges,
chantez le Seigneur et célébrez-le
de tout votre cœur.






A tout moment et pour toutes choses, rendez grâce
à Dieu le Père,
au nom de
notre Seigneur
Jésus Christ.