Homélies...                                      « La qualité des fruits »
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Réflexion pour le 26e dimanche ordinaire B

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 38-48


Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. »  Jésus répondit : « Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;  celui qui n'est pas contre nous est pour nous.  Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas.  Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.  Si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,  là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas.



Jésus invite ses disciples à plus d'ouverture, il ouvre des horizons nouveaux. Non seulement, nous dit-il, ses disciples travaillent pour lui, mais tous ceux et celles qui ne sont pas contre lui, sont pour lui. Ses premiers compagnons ont sans doute été surpris par cette affirmation de Jésus. Jean se scandalise de voir quelqu'un qui n'est pas du groupe des disciples accomplir des merveilles en son nom. Jésus le reprend et lui rappelle que c'est à la qualité de ses fruits qu'il faut juger quelqu'un et non à son appartenance à un groupe. Ce qui importe, c'est que le bien se fasse, et non qu'il se fasse uniquement par nous.

François d’Assise, tout comme Dominique, est allé à l’encontre des traditions de son époque. L’histoire de François  est bien connue dans notre paroisse. De même, l'Ordre des Prêcheurs est né au XIIIe siècle de la rencontre de Dominique avec la détresse spirituelle de son temps. Dominique et François ont proposé une forme nouvelle de vie évangélique, communautaire, dans un régime original de pauvreté qui allait à l’encontre du régime féodal. D’abord contestés par les autorité du temps, les conceptions de François et Dominique se sont imposées comme des manières originales d’évangélisation.

Ces histoires ne sont pas que d’un autre temps.

En 1943, deux prêtres publient un livre intitulé France, pays de mission ? qui constate la forte déchristianisation des milieux ouvriers en France. Dans le même temps, des prêtres catholiques qui ont accompagné des travailleurs français en Allemagne pour le service à l’étranger témoignent de leur vie partagée avec les travailleurs. Après 1945, un certain nombre de prêtres commencent à vivre leur ministère en usine. Ils ressentent leur présence dans ce milieu comme le moyen de rétablir le contact entre l'Église et les travailleurs. Ils s'engagent dans les associations, les syndicats et même les partis politiques, ce qui provoque la méfiance de Rome. Ils participent aux grèves et aux manifestations, et deux d'entre eux sont même arrêtés en 1952 au cours d’une manifestation. Sur le même modèle que les prêtres ouvriers, dans les villes portuaires, des prêtres marins apparaissent.

Dans le contexte de la guerre froide, le pape Pie XII décide en 1954 d'arrêter l'expérience des prêtres ouvriers en leur demandant de se retirer des usines. Ils sont alors une centaine, et l'Église craint entre autre leur imprégnation par le Parti communiste français. La plupart obéissent et démissionnent de leurs emplois, mais quelques-uns restent au travail, en se mettant ainsi consciemment en faute vis-à-vis de l'Église. Et en 1959, c'est au tour des prêtres marins d'être condamnés par le Vatican.

La situation se retourne complètement en 1965, après le concile Vatican II : le pape Paul VI autorise à nouveau aux prêtres le travail dans les chantiers et les usines. En 1976, ils atteignent le nombre de 800 en France. Reconnus par l'Église, les prêtres au travail agissent dans les années 2000 au sein d'organismes comme la Jeunesse ouvrière chrétienne, la Mission ouvrière, l'Action catholique ou encore la Communauté Mission de France. Ils cherchent souvent à améliorer l'image de l'Église dans le monde du travail, en vivant avec les travailleurs, et à évangéliser en témoignant de leur vie plutôt qu'en imposant leur foi.

Ce que Jésus enseigne, c'est qu'il faut éliminer toute tentation de contrôle et d'exclusivisme. L'Esprit souffle là où il veut, sur qui il veut et quand il le veut. Personne ne peut prétendre le contrôler, ni planifier sa présence.  L'Esprit est présent en chacune et chacun de nous. Il est présent dans le coeur de tous les baptisés. L'Esprit est présent et il agit dans toute communauté d'Église. Il est présent et il agit dans notre monde, dans notre société. On peut reconnaître ses traces dans toutes les initiatives, dans tous les projets qui contribuent à redonner de la dignité à la personne humaine, qu'ils soient religieux ou profanes. L'Esprit est sans frontières. Il ne se laisse enfermer par personne.

Nous sommes dans un temps où tout ne va pas de soi. Des interrogations, des questionnements, des inquiétudes viennent parfois nous interpeller, voire même nous ébranler. Nous ne pouvons pas être passifs et attendre en nous croisant les bras... Il faut nous lever, faire confiance et accepter de prendre la route. Nous sommes tous invités à bâtir un monde meilleur où chaque personne humaine retrouve et conserve toute sa dignité. Nous sommes invités à annoncer la Bonne Nouvelle de l'Évangile dans la culture actuelle, à notre manière mais dans le respect du message de Jésus. Nous sommes invités à redonner de l'espérance à nos jeunes qui apportent, dans l'Église et dans le monde, un vent de fraîcheur et de renouveau. Nous sommes invités à devenir un peuple de prophètes et d'élus.

Dieu compte sur nous pour travailler à la construction du Royaume. Il nous appelle à devenir sa Parole dans chacun de nos milieux. C'est avec nous que Dieu recrée le monde... Il compte sur chacune et chacun de nous pour ouvrir le chemin, pour tracer la route. Soyons à l’avant-garde.





Serge Lefebvre
d'après diverses sources