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«Le vent du changement» 
Homélies
Dans les temps anciens,
le Seigneur a couvert de honte
le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite,
il a couvert de gloire la route de la mer,
le pays au-delà
du Jourdain,
et la Galilée,
carrefour des païens.
Le peuple qui marchait
dans les ténèbres
a vu se lever
une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière
a resplendi.
Tu as prodigué l'allégresse,
tu as fait grandir
la joie :
ils se réjouissent devant toi
comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte
en partageant
les dépouilles
des vaincus.
Car le joug
qui pesait sur eux,
le bâton
qui meurtrissait
leurs épaules,
le fouet
du chef de corvée,
tu les as brisés
comme au jour
de la victoire
sur Madiane.



Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous
vraiment d'accord ; qu'il n'y ait pas
de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments.
J'ai entendu parler
de vous, mes frères, par les gens
de chez Cloé :
on dit qu'il y a
des disputes
entre vous.
Je m'explique.
Chacun de vous
prend parti en disant : « Moi, j'appartiens
à Paul »,
ou bien :
« J'appartiens
à Apollos »,
ou bien :
« J'appartiens
à Pierre »,
ou bien : « J'appartiens
au Christ ».
Le Christ est-il donc divisé ?
Est-ce donc Paul
qui a été crucifié
pour vous ?
Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?
Je remercie Dieu
de n'avoir baptisé aucun de vous,
sauf Crispus et Gaïus : ainsi on ne pourra pas dire que vous avez été baptisés en mon nom. De fait, j'ai encore baptisé Stéphanas et les gens de sa maison ; pour le reste, je ne sais pas si j'ai baptisé quelqu'un d'autre. D'ailleurs, le Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

Réflexion pour le 3e dimanche ordinaire A

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 12-23

Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée.
A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c'étaient des pêcheurs.  Jésus leur dit : «Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. »  Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

Nous  rêvons facilement de sécurité, de paix, de repos; comme si nous désirions que rien ne change. Et pourtant nous savons que la vie est dans le changement, le mouvement, la transformation, l'évolution, la mort puis la résurrection.

Un homme des cavernes se ballade dans la savane à la recherche de nourriture pour les siens. Il se retrouve tout à coup face à un tigre... Improvisation, modification, changement de ses plans. Dès que son système sensoriel a repéré et identifié l'animal comme " danger ", son corps se prépare en une fraction de seconde à l'attaque ou à la fuite: production automatique d'adrénaline, accélération du coeur, alimentation des muscles pour l'effort qui va suivre. L'homme s'en sort, il a survécu car il a su réagir à temps et il en avait les moyens. Mais si la situation fait en sorte que l'action n'est pas possible (par exemple, l'homme est coincé sur un arbre à quelques mètres de la gueule du tigre et demeure immobile) et que cette situation s'éternise, alors c'est la destruction.

Actuellement, nous sommes entrés dans une civilisation de l'éphémère où s'enchaînent plusieurs fins successives. Nous rencontrons d'autres sortes de tigres. Ceux-là ont l'apparence d'un supérieur hiérarchique, de pressions dans la vie d'un couple, d'un problème de relation avec ses enfants, d'une vitesse de travail éprouvante, de la peur de perdre sa place, de la communauté qui charge, etc. Si nous ne savons rien y faire, une énorme tension interne très fatigante s'installe. L'énergie de réaction ne peut s'évacuer. Nous sommes stressés et nous allons vers la destruction.

Le changement fait partie intégrante de la vie, mais la perte de repères que cela entraîne nous laisse souvent déstabilisés et parfois impuissants à gérer la phase de transition qui nous mène de l'acceptation de la perte des anciens repères, connus et sécurisants, à la construction de nouveaux repères. Jean-Baptiste a perdu ses repères en prison, il a vu sa conception du Messie changer, mais il ne s'est pas laissé aller à l'abandon.

Albert Jacquard a répondu ainsi quand on lui a demandé qu'est-ce que l'aventure? Il a dit :
C'est oser une démarche dont je ne sais pas où elle me mène, mais qui m'attire de façon un peu souterraine. C'est justement une aventure, parce que je ne sais pas où je vais. C'est autant l'aventure amoureuse que l'exploration de l'Antarctique Comme demain est inconnaissable, pratiquement tout est "aventure". Et l'on devrait se satisfaire de se lancer en permanence dans des aventures; alors qu'on essaie de maintenir la routine, ce qui est contraire à la vie. L'aventure la plus importante que j'ai vécu c'est ma vie. En fait ce qui a eu le plus de conséquences, c'est le jour où j'ai dit: décidément, cette fille, elle est extraordinaire. Et depuis, je vis avec elle. C'est ça l'aventure la plus extraordinaire, avec les aventures adjacentes qui sont de faire naître des enfants à la fois. Toute rencontre est une aventure. Le vrai risque d'une vie c'est d'apporter  quelque chose de nouveau dans le monde. Regardez Einstein avec sa formule E=MC2! C'était gentil de sa part de nous monter que dans les masses, il y a de l'énergie. Le jour où il a vu la bombe d'Hiroshima, il était déjà moins content. C'est le risque. L'aventure, c'est déclencher des torrents, dont on ne sait pas où ils vont.

L'évangile d'aujourd'hui nous incite à oser comme les premiers disciples, oser semer et planter des gestes signes d'espérance, oser parsemer notre existence des graines d'espoir. Oser poser un regard de confiance sur le monde, sur les autres, sur nous-mêmes, oser mettre au sommet de notre échelle de valeur, la dignité inaliénable de chaque personne créée à l'image de Dieu, appelée à lui ressembler, cela nous engage. Parfois il faudra jeter le filet de l'autre côté que celui qui était utilisé habituellement. Parfois pour retrouver l'espérance, il faut aussi prendre un chemin autre que celui auquel nous avions pensé. L'espérance alors, c'est oser croire que face à une impasse, Dieu peut donner le courage de chercher un nouvel itinéraire, un chemin nouveau et de savoir que la voie n'est pas sans issue.

"C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière" fait dire Edmond Rostand à Cyrano de Bergerac. La Lumière du monde n'est pas une lampe de poche ni même un puissant réflecteur, c'est une personne, Jésus. Il nous donne aujourd'hui l'exemple: Il va en territoire païen, chez des étrangers. Il les écoute, les rassemble, leur fait du bien, les aime. Voilà ce que Jésus nous invite à réaliser, aujourd'hui: aller vers ceux qui nous semblent étrangers, ceux que nous avons envie d'appeler des païens parce qu'ils ne pensent pas tout à fait comme nous. Construire le royaume de Dieu, commence par écouter l'autre pour saisir, comprendre ce qui est différent.

Oser me retourner de bord. Oser répondre à l'appel, sortir des sentiers battus et construire le royaume de Dieu au meilleur de nous-mêmes. Le vent du changement pour construire le royaume de Dieu c'est l'Esprit qui le souffle. La Parole de Dieu est déroutante, exigeante. Soyons comme Jean-Baptiste: même en prison, il ose faire demander à son propre cousin s'il est le Messie; soyons comme les disciples de Jésus: ils repartent à la pêche à sa demande et deviennent pêcheurs d'hommes.


Serge Lefebvre
d'après diverses sources