Il m'a dit :
« Tu es mon serviteur, Israël, en toi
je me glorifierai. »
Et moi, je disais :
« Je me suis fatigué pour rien,
c'est pour le néant, c'est en pure perte
que j'ai usé
mes forces. »
Et pourtant,
mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu.
Maintenant
le Seigneur parle,
lui qui m'a formé
dès le sein
de ma mère
pour que je sois
son serviteur,
que je lui ramène Jacob
et que je lui rassemble Israël.
Oui, j'ai du prix
aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu
qui est ma force.
Il parle ainsi :
«C'est trop peu
que tu sois
mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob
et ramener
les rescapés d'Israël:
je vais faire de toi
la lumière des nations, pour que mon salut parvienne
jusqu'aux extrémités de la terre.»
Moi, Paul,
appelé par la volonté de Dieu
pour être Apôtre
du Christ Jésus,
avec Sosthène
notre frère,
je m'adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l'Église de Dieu,
vous qui
avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles
qui êtes,
par appel de Dieu,
le peuple saint,
avec tous ceux qui,
en tout lieu,
invoquent le nom
de notre Seigneur Jésus Christ,
leur Seigneur
et le nôtre.
Que la grâce et la paix soient avec vous,
de la part de Dieu notre Père
et de Jésus Christ
le Seigneur.
Réflexion pour le 2e dimanche ordinaire A
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 29-34
Le lendemain, comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c'est de lui que j'ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l'eau, c'est pour qu'il soit manifesté au peuple d'Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage : « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : 'L'homme sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint.' Oui, j'ai vu, et je rends ce témoignage : c'est lui le Fils de Dieu.»
Nous poursuivons une réflexion sur Jean-Baptiste et la nouveauté de Jésus. Aujourd'hui Jean Baptiste dit qu'il ne connaissait pas Jésus. Il était son cousin, il avait côtoyé Jésus, mais il ne le connaissait pas comme étant le Fils de Dieu, l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
A l'origine de la religion, il y a la notion d'absolu, d'éternité. Pour les Hébreux de l'Ancien Testament, faire une statue ou toute image de Dieu est paiën, prononcer le nom de Dieu est interdit. Malgré les épreuves qu'ils traversent, les Hébreux donnent tout à Dieu qui demeure un grand inconnu lointain. Leur amour va jusqu'au sacrifice rituel de leurs troupeaux, leur seule richesse, même jusqu'au possible sacrifice de leur fils aîné. Cette alliance, qu'ils sont prêts à payer si cher, est aussi celle des êtres entre eux. Les prêtres l'avaient compris en parlant d'un seul Dieu, d'une seule religion, d'une seule langue, d'un seul peuple; et les Hébreux sont devenus les Juifs.
Avec Jésus, l'inconnu devient connu car Dieu s'est fait nôtre. Dieu a osé l'impensable: il est devenu l'un des nôtres. Il surprend par son discours et il se détache des prophètes par son sacrifice. Il puise sa connaissance dans la Loi qui proclame aussi celle de l'amour. Ces attitudes de Jésus exigent une longue réflexion de Jean-Baptiste. Il avait d'abord vu le Messie, comme le serviteur qui veut relever les tribus d'Israël, chasser l'occupant et refaire à Dieu toute sa place. Et voilà que ce Jésus reconnu comme « Le Fils », « Le Bien Aimé du Père » s'assoit à la table des publicains et des pécheurs, qu'il côtoie les prostituées... Se pouvait-il que ce Jésus soit l'envoyé de Dieu ? Dans sa prison, bien après le baptême de Jésus, Jean-Baptiste s'interrogera encore sur la réelle personnalité de Jésus, ce Dieu inconnu devenu connu.
Donald Rumsfeld, le secrétaire d'état américain, a déjà fait cette déclaration à propos de la guerre en Irak. Il y a le connu connu: c'est qu'on sait qu'on sait. Il y a l'inconnu connu: c'est ce qu'on sait qu'on ignore. Il y a l'inconnu inconnu: c'est ce qu'on ignore qu'on ignore. Puis il ajouta encore: y a-t-il du connu inconnu, ce qu'on ignore qu'on sait? Donald Rumsfled avait déjà décidé d'attaquer l'Irak. Jean-Baptiste a réfléchi avec passion sur l'inconnu qui devenait connu et pour lequel il donna sa vie. Jean a parlé du Père du Fils et de l'Esprit. Ces trois personnes sont tellement en relation qu'elles ne forment qu'une seule personne, qu'un seul Dieu. Jean-Baptiste avait là matière à réflexion!
Jean parle aussi de l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. De quel péché s'agit-il ? Il faut en parler alors que vient de Rome l'interdiction des célébrations communautaires du pardon comme nous les connaissons depuis une vingtaine d'années. Quand j'étais petit, on m'a appris que le péché, c'était faire des choses pas bien, des choses méchantes. C'était mentir, voler, avoir des pensées mauvaises, des désirs coupables. Et Dieu, qui voit tout, punissait ceux qui succombaient. Les bons sont récompensés, les méchants sont punis... Mais est-ce bien pour cela que Jésus est venu ? Est-ce bien cela le « péché du monde » dont nous parle l'Évangile ? Un jour, on m'a dit que Dieu était Amour, qu'il ne faisait pas de distinction, qu'il aimait chacun pour lui-même, quel qu'il soit. Il accueillait les pécheurs aussi joyeusement que tout le monde. Enfin ! Nous nous sentions mieux : nous nous étions enfin débarrassé de ce mot embêtant de « péché », le reléguant dans les domaines de la psychologie. Le péché du monde ce n'est rien du tout pour quelqu'un qui ne vit que pour soi et qui n'a d'autres préoccupations que son propre nombril ; mais c'est gigantesque pour tous ceux qui savent qu'ils font partie du monde, de la Création.
Jésus est venu sur terre pour nouer entre nous ce lien fragile qui s'appelle amour, amitié, tendresse. Alors le péché du monde, c'est le terrorisme comme arme de guerre, c'est les peuples oubliés de notre monde. Le péché du monde c'est aussi la division des chrétiens. Après cinquante ans d'efforts oecuméniques, nous continuons à prier dans des églises différentes et à entretenir de vieilles chicanes; à nous déchirer pour des questions de virgules et pour des histoires vieilles de cinq cents ans. Les orthodoxes, les catholiques, les protestants, les juifs et les musulmans s'entretuent.
Jésus nous délivre en nous donnant la possibilité d'assumer notre place d'êtres humains dans ce monde. Nous n'avons pas le droit d'oublier tout ce qui s'est passé ou qui se passe encore. Mais nous ne devons plus porter le poids de culpabilité et de mauvaise conscience qui nous immobilise. Nous n'avons pas le droit de penser qu'il n'y a rien à faire pour améliorer le sort des humains sur cette terre.
Jésus reste-t--il pour moi un inconnu? Dieu frappe à ma porte. Il me montre le chemin de vie, celui qui consiste à aller au devant de l'autre, à connaître.
Serge Lefebvre
d'après diverses sources