Réflexion pour le 27e dimanche ordinaire A
Évangile de Jésus Christ selon Matthieu 21, 33-44
Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l'un, tuèrent l'autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais ils furent traités de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : 'Ils respecteront mon fils.' Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : 'Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l'héritage !' Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C'est là l'oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.
Nous sommes encore au chapitre 21 de Matthieu, ce chapitre qui nous parle de conversion, de pierre angulaire.
« La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la pierre angulaire ». Cela me fait penser à un écrivain Montréalais, Jack, qui avait présenté son manuscrit directement à une maison d’édition new-yorkaise, mais celle-ci, sûre de ses choix, avait rejeté le manuscrit sur le champ, prétextant que personne aux États-Unis ne s’intéresserait à un roman dont l’action se déroule à Montréal, ville secondaire et somme toute sans intérêt. Or voilà que décidant de filouter un peu, par le truchement d’un agent américain, Jack présente le même manuscrit à la même maison d’édition new-yorkaise, usant cette fois du pseudonyme de John Doe, et se présentant comme étant un auteur américain. Coup de théâtre, voilà l’éditeur emballé ; il n’y voit que du feu ! Le roman de Doe s’avère pour lui fort intéressant et de saveur « internationale » ; imaginez... l’action se déroule à Montréal, c’est peu banal ! À coup sûr, notre éditeur tient un roman gagnant sur le marché américain, la pierre angulaire de sont futur profit!
« La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la pierre angulaire». C'est cité trois fois dans le Nouveau Testament. Jésus lui-même en a donné le sens, en montrant qu'il est cette pierre angulaire, rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu. Puisque la pierre angulaire rejetée représente Jésus, ceux qui bâtissaient ne sont pas de simples maçons. Aujourd'hui, c'est à nous que le maître, le Seigneur de la vie, confie une vigne pour que nous en prenions soin et lui fassions porter du fruit.
Cette vigne, c’est le monde. Notre première responsabilité envers notre monde, c'est de l'aimer. Lorsque nous aimons et lorsque nous reconnaissons la valeur de ce que nous sommes et de ce que nous avons, il devient inutile et insensé d'envier ou de chercher à faire du tort. L'amour fait porter du fruit, et pour vivre dans l’amour, il nous faut plus qu'une raison, il faut une passion. C'est ce qui remplit le cœur; ce qui donne le goût d'aimer et d'offrir le meilleur. Une passion peut être un projet, même un rêve un peu fou que nous désirons accomplir. Une passion peut être encore ce plaisir, cette joie que nous voulons apporter à quelqu'un. C'est ce qui permet d'être fiers et satisfaits de notre vie. C'est ce qui empêche tout regret. La vigne qui nous est confiée est cette terre où nous habitons et ce temps dont nous disposons. C’est aussi ces visages que nous rencontrons, ces gens que nous inspirons. C’est notre passion pour la vie, un don et un sourire de Dieu.
Jésus nous associe à cette passion d'arracher la terre au dégoût et à la mort. Il nous fait vibrer à sa passion de vie pour tout homme. Pour beaucoup aujourd'hui, éprouvés, perturbés par l'insécurité ambiante, cela peut paraître dérisoire de vouloir chercher sa sécurité dans Jésus. Certains auront tendance, soit à le rejeter, soit à fuir. Et cependant, c'est lui «la pierre rejetée par les bâtisseurs et qui est devenue pierre d'angle». C'est lui qui, dans sa grande faiblesse, a su nous offrir le seul amour qui défie toutes les épreuves et qui nous permet de tenir dans la tempête. Dieu ne cherche pas des spectateurs pour l'applaudir, des supporters sur des gradins, il veut des créateurs, des libérateurs associés. Il cherche des amis, des partenaires, des co-équipiers. Il veut partager l'expérience même qui le fait vivre.
Partager cette expérience est impossible si nous nous agrippons à notre confortable petit îlot. Si vraiment nous nous satisfaisons de voir notre lot de plaisirs, de confort personnel s’épanouir et grandir sans cesse, alors nous sommes condamnés à la mort. Si, dans la plus grande indifférence, nous laissons les autres être maltraités, simplement pour que le cours de nos petites vies ne soit pas affecté, pour que le confort d’un joli intérieur, de repas agréables et de bons divertissements ne soit pas menacé, le résultat sera un destin tragique pour nous tous. Prendre conscience de la souffrance sans chercher à s’en défendre, nous conduit à nous engager sur la voie de l’action. Le cœur ne peut en être témoin sans lancer un appel à l’être profond, sans mettre en route la force de l’amour.
Le souffle de l’Esprit est là pour nous aider. C’est lui qui alimente la force de l’amour lorsque la vie du prochain devient une réalité vécue. Il s'agit donc d'être une Église contagieuse qui communique la passion de Dieu, l'enthousiasme.
Il faut être la vie qui est plus forte que la mort infligée par les mauvais vignerons !
Serge Lefebvre
d'après diverses sources
Je chanterai
pour mon ami
le chant du bien-aimé à sa vigne.
Mon ami
avait une vigne
sur un coteau plantureux.
Il en retourna
la terre
et en retira
les pierres,
pour y mettre
un plant de qualité.
Au milieu,
il bâtit
une tour de garde
et creusa aussi
un pressoir.
Il en attendait
de beaux raisins,
mais elle en donna
de mauvais.
Et maintenant, habitants de Jérusalem,
hommes de Juda, soyez donc juges entre moi
et ma vigne !
Pouvais-je faire
pour ma vigne
plus que je n'ai fait ?
J'attendais
de beaux raisins, pourquoi
en a-t-elle donné
de mauvais ?
Eh bien,
je vais
vous apprendre
ce que je vais faire
de ma vigne :
enlever sa clôture pour
qu'elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur
pour
qu'elle soit piétinée.
J'en ferai
une pente désolée ; elle ne sera
ni taillée ni sarclée,
il y poussera
des épines
et des ronces ; j'interdirai
aux nuages
d'y faire
tomber la pluie.
La vigne
du Seigneur
de l'univers,
c'est
la maison d'Israël.
Le plant
qu'il chérissait,
ce sont les hommes de Juda.
Il en attendait
le droit,
et voici l'iniquité ;
il en attendait
la justice,
et voici
les cris de détresse.