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«Semer l'espérance» 
Homélies
Il n'y a pas de Dieu
en dehors de toi, Seigneur,
toi qui prends soin
de toute chose,
et montres ainsi
que tes jugements
ne sont pas injustes.


Ta force est à l'origine de ta justice,
et ta domination
sur toute chose
te rend patient
envers toute chose.


Il montre sa force, l'homme dont la puissance est discutée, et ceux qui
la bravent sciemment,
il les réprime.


Tandis que toi, Seigneur,
qui disposes
de la force,
tu juges
avec indulgence,
tu nous gouvernes avec beaucoup
de ménagement,
car tu n'as qu'à vouloir pour exercer
ta puissance.


Par ton exemple
tu as enseigné
à ton peuple
que le juste
doit être humain,
et tu as pénétré
tes fils
d'une belle espérance: à ceux qui ont péché tu accordes
la conversion.



























Bien plus,
l'Esprit Saint
vient au secours d
e notre faiblesse,
car
nous ne savons pas prier
comme il faut.















L'Esprit lui-même intervient
pour nous
par des cris inexprimables.










Et Dieu,
qui voit
le fond des coeurs, connaît les intentions de l'Esprit :
il sait
qu'en intervenant
pour les fidèles, l'Esprit veut
ce que Dieu veut.
Réflexion pour le 16e dimanche ordinaire A

Évangile de Jésus Christ selon Matthieu 13, 24-43

Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : 'Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?' Il leur dit: 'C'est un ennemi qui a fait cela.' Les serviteurs lui disent :'Alors, veux-tu que nous allions l'enlever ?' Il répond : 'Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.' »
Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a semée dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé.»
Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.
Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : «Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ; le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu'il entende !

Deux bibliothécaires britanniques ont entrepris un projet insolite, la Bibliothèque des Livres Non Ecrits. Ce projet s’attache à recueillir des histoires et des idées de livres que certaines personnes aimeraient écrire - mais n’écrivent pas et ne le feront sans doute jamais. Les deux acolytes ont réuni, en deux ans, plus de 400 histoires et ils visent le millier. Équipés d’une unité d’enregistrement mobile - un chariot à provisions reconverti - et circulant dans le pays, elles obtiennent patiamment que des inconnus leur confient des histoires et elles les transforment en mini-livres. Ceux-ci, comprenant quelques pages seulement, sont distribués dans des bibliothèques, des pubs, des salles d’attente de médecins et d’autres lieux publics. « Je crois que c’est surtout la curiosité qui me pousse, indique une des bibliothécaires. La découverte de ces choses cachées, c’est une sorte de défi ». Quand on les contacte dans la rue, certaines personnes refusent carrément nos propositions mais un nombre surprenant de gens sont prêts à partager leurs pensées intimes. Les deux bibliothécaires disent avoir cessé d’avoir des préjugés sur les gens qu’ils rencontrent.  Il suffisait d'une rencontre vraie, de patience, pour multiplier les histoires qui font vivre. Une toute petite initiative qui se traduira en milliers d'histoires.

Garder des choses cachées, c’est garder un secret qui porte en lui toute la mémoire des hommes et des femmes, de leurs fautes et de leurs mensonges. C’est dissimuler ce qui peuple notre existence de fantômes sans que nous sachions  pourtant d’où vient cette douleur qui nous habite. Ces choses cachées, dont nous ne parlons pas, sinon en chuchotant bien des années plus tard, hantent l’histoire de chaque coin de pays, de chaque village, de chaque famille depuis la nuit des temps.

Pierre perdit sa femme Jeanne dans la fleur de l’âge. Celle-ci avait été belle, mais un peu acariâtre et affreusement jalouse. Après un deuil de bon aloi, qui dura six mois, Pierre sentit avec le printemps naître des émotions nouvelles,. Il chercha femme, et bientôt se fiança à la délicieuse Marie. Bref, le jeune veuf était amoureux.
C'est alors que, dans un rêve, sa femme se manifesta pour la première fois. Une nuit alors qu'il dormait paisiblement, il sentit un courant d'air froid lui chatouiller la plante des pieds. Jeanne était devant lui. La belle Jeanne semblait furieuse, et n'avait rien perdu de son humeur jalouse :
- Comment oses-tu, dit-elle, me tromper avec une petite sotte, sans beauté, qui te rendras malheureux?
- Comment sais-tu cela ?  interrogea Pierre, stupéfait.
- Je sais tout. J’ai accès aux mystères, et je connais toutes choses cachées à tes yeux de mortels. 
Jeanne disparut. Pierre encore tremblant de frayeur se réveilla en sueurs; il ne dormit plus cette nuit-là.
A partir de cet instant, l'existence de Pierre devint un enfer. Le jour, il se promenait avec la tendre Marie, dans les jardins de son père. Il ne se lassait pas d’admirer la beauté de Marie, tout en parlant tendrement et en échangeant avec elle de timides sourires. La nuit, durant son sommeil, Jeanne venait le tourmenter en tournant en dérision tous ses faits et gestes de la journée.  Elle lui rappelait leurs anciennes amours, et lui répétait : « Je sais tout de toi, et ce savoir t'enchaîne. Ta vie est à moi seule, à moi ! »
À chaque matin Pierre notait qu’il y avait encore plus d’ivraie dans son champ. Il gardait son malheur caché. Le malheureux Pierre, à bout de forces, à court de sommeil, et près de perdre la raison, se confia à un ami, qui lui conseilla d'aller consulter le célèbre moine Matthieu. Pierre alla lui conter son infortune.
- Que dois-je faire?
- Tu es jeune, Pierre, ton coeur est neuf et tendre. Je vais t'aider.
Pierre se confondit en remerciements, et déclara :
« Je suivrai vos conseils,  je m'y conformerai en tout point indiquez-moi seulement la voie.
- Matthieu ajouta : Quand Jeanne apparaîtra, confesse humblement ton ignorance, loue ses étonnantes connaissances, en un mot flatte-la, et propose-lui un marché : " Si tu peux répondre à une dernière question, je serai définitivement convaincu de tes pouvoirs surnaturels, je renoncerai à Marie, et je serai ton époux fidèle à jamais."
- Je vous obéirai!
- Prends dans ta main droite grande ouverte une grosse poignée de graines de blé et demande-lui combien il y en a.
- C'est tout ? » demanda Pierre.
Matthieu ne répondit pas. Il priait. Pierre retourna chez lui en méditant la recommandation de Matthieu. Quel était le sens caché des ces propos?
Pierre rentra chez lui. La nuit même, Jeanne lui réapparut pendant son sommeil :
« Tu es allé rendre visite à Matthieu, ricanait-elle, croyais-tu que je l'ignorais, et pensais-tu pouvoir m'échapper ? »
Pierre plongea alors sa main droite dans un tas de blé, en saisit une grosse poignée qu’il montra à Jeanne. Il la lança ensuite dans le champ. Aussitôt des milliers  d’épis portèrent du grain au milieu de l’ivraie. « Combien y a-t-il de graines ? » demanda Pierre.
Jeanne n’est jamais revenue troubler le sommeil de Pierre, sinon pour lui souhaiter tout le bonheur qu’il méritait dans la vie.
Pierre et Marie vécurent heureux. Ils eurent beaucoup d’enfants qui faisaient, à leur tour, pousser du grain dans leurs champs.

Il suffit de peu de chose, quelques graines de blés, et s'évanouissent les idées noires, les malheurs. Il suffit de peu pour découvrir  les choses cachées dans les Écritures. Pour Jésus, le champ, c'est le monde.  Il faut porter une attention particulière à cette parole qui est la clef de notre parabole. Le champ, c'est l’humanité tout entière et qui est destinée à recevoir la bonne semence et à devenir le royaume des cieux.

Les récits évangéliques présentés aujourd’hui nous appellent à la patience, à la persévérance: répandons de la joie, de l'espoir, de l'amour et laissons croître. Ne jugeons pas hâtivement, ne condamnons pas précipitamment. Respectons la part d'humanité de chaque personne, allons au-delà de sa nationalité, de ses options politiques ou religieuses, de son passé.  Revenons au sens caché, et actuel. Peut-être Jésus nous permet-il, comme jadis, de croire que chaque parole, chaque action est une semence d'éternité, toute modeste soit-elle.

Jésus nous invite à semer l'espérance, à travers l’histoire contemporaine. Quels gestes oseront nous poser?

Serge Lefebvre
d'après diverses sources