Les fils d'Israël campèrent à Guilgal
et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour
du mois,
vers le soir,
dans la plaine
de Jéricho.
Le lendemain
de la Pâque,
ils mangèrent
les produits
de cette terre :
des pains sans levain
et des épis grillés.
A partir de ce jour,
la manne cessa
de tomber,
puisqu'ils mangeaient les produits de la terre.
Il n'y avait plus
de manne
pour les fils d'Israël,
qui mangèrent
cette année-là
ce qu'ils récoltèrent
sur la terre de Canaan.
Si donc quelqu'un
est en Jésus Christ,
il est une créature nouvelle.
Le monde ancien
s'en est allé,
un monde nouveau
est déjà né.
Tout cela
vient de Dieu :
il nous a réconciliés avec lui par le Christ,
et il nous a donné
pour ministère
de travailler à
cette réconciliation.
Car c'est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait
le monde avec lui ;
il effaçait pour
tous les hommes
le compte
de leurs péchés,
et il mettait
dans notre bouche
la parole
de la réconciliation.
Nous sommes donc
les ambassadeurs
du Christ,
et par nous
c'est Dieu lui-même qui, en fait, v
ous adresse un appel.
Au nom du Christ,
nous vous le demandons, laissez-vous
réconcilier avec Dieu.
Celui qui n'a pas
connu le péché,
Dieu l'a pour nous identifié au péché
des hommes,
afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés
à la justice de Dieu.
Réflexion pour le 4e dimanche du Carême C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15, 1-3. 11-32
Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.'
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit: 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...' Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.
Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé.' Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !' Le père répondit : 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !»
L'histoire du cadet illustre une chute: le départ, la dissipation des biens, la faillite, l'asservissement, l'abrutissement. Puis c'est le retour, la réconciliation, la fête. Mais Luc va plus loin qu'un vague aperçu moral: cette parabole comporte des allusions pascales, surtout avec l'expression "mort et revenu à la vie, perdu et retrouvé". Luc rappelle aussi à sa communauté qu'elle doit être missionnaire et s'ouvrir au monde qui l'entoure. Nous oublions souvent que cette mission ne va pas sans risques : les risques de l'extérieur, les risques d'opposition, mais également les risques de tensions à l'intérieur. Ce sont ces derniers risques sur lesquels Luc nous alerte.
Au temps de Jésus, la critique venait de l'extérieur, des pharisiens et des scribes : « celui-ci accueille les pécheurs et mange avec eux ». Les scribes et les pharisiens avaient une renommée de justes, et pourtant, c'est à eux que Jésus adresse la parabole parce qu'ils se scandalisent de la miséricorde dont Dieu fait preuve à l'endroit des pécheurs et refusent de festoyer. Pour les comprendre, imaginons un moment tous les efforts de fidélité dont ils ont fait toujours fait preuve. Ce dont Jésus fait ici la critique, c'est l'esprit de pharisaïsme qui voit d'un mauvais oeil la condescendance de Jésus à l'égard des pécheurs.
Le jeune fils est en détresse. La détresse provoque chez lui un retour sur lui-même à partir de la souffrance qui résulte de sa nouvelle situation et du contraste avec celle dont il bénéficiait à l'origine. C'est le fils lui-même qui amorce le mouvement de résurrection dont il va être bénéficiaire : "il se lève" et il va, non vers un lieu où il trouverait l'abondance, mais vers son propre père. Pour Jésus, l'ouverture et l'accueil dans l'esprit de l'évangile sont une chance de croissance. Ce sont les serviteurs qui réalisent concrètement l'accueil : il leur revient de fournir la robe la meilleure , de mettre la bague à la main du jeune fils, de lui mettre des sandales aux pieds, de préparer le festin . Les serviteurs deviennent ensuite les convives qui participent à la fête. Leur attitude est pleine d'accueil comme la démarche du père vers son jeune fils.
Pour Luc, nous sommes les serviteurs, nous sommes au coeur d'une tension inévitable et nous devons aider à la surmonter au sein de la communauté. Deux démarches sont ainsi proposées : une démarche d'accueil et une démarche de dialogue. Un accueil chrétien: c'est fournir un nouveau vêtement, un vêtement qui doit être le meilleur, c'est la nécessité de renouveler la présentation de l'évangile. La bague du récit est un signe d'autorité; malgré l'engagement de nombreux laïcs, l'organisation de l'Eglise est encore perçue en hiérarchie et parfois les critiques sont fondées, parfois elles sont injustifiées, elles sont des préjugés d'un passé. Les sandales sont le signe du chemin à emprunter: c'est le dynamisme missionnaire nécessaire pour atteindre les mentalités modernes. Ensemble nous pouvons alors faire la fête, préparer le royaume de Dieu.
En récriminant comme les pharisiens, le fils aîné est retourné dans le passé. Dans la routine, dans le politiquement correct, dans son travail, il avait oublié son frère. Perdu dans sa colère, il n'a pas cru en l'amitié qui se fêtait. Invité à se retrouver dans la fête, il a oublié la prodigalité de son Père pour lui aussi.
Comme croyants dans notre monde aujourd'hui, nous ne devons donc pas oublier les personnes qui se perdent sur les chemins de liberté, croyant que par leur liberté un monde nouveau va naître. Nous devons être prodigues des biens que nous avons reçus de Dieu le Père. C'est l'invitation que Jésus nous lance, pour que le monde nouveau soit déjà là. Ce que Jésus propose, c'est un signe de la proximité de l'avènement du royaume de Dieu.
Serge Lefebvre