Homélies...
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«Tendresse et pitié» 
Homélies
Frères,
je ne voudrais pas
vous laisser ignorer
ce qui s'est passé
lors de la sortie d'Égypte.


Nos ancêtres
ont tous été
sous la protection
de la colonne de nuée, et tous ils ont
passé la mer Rouge.


Tous, ils ont été
pour ainsi dire
baptisés en Moïse,
dans la nuée
et dans la mer ;

tous, ils ont mangé
la même nourriture,
qui était spirituelle ;

tous, ils ont bu
à la même source,
qui était spirituelle ;

car ils buvaient
à un rocher
qui les accompagnait, et ce rocher,
c'était déjà le Christ.


Cependant,
la plupart n'ont fait
que déplaire à Dieu,
et ils sont tombés
au désert. 


Ces événements
taient destinés
à nous servir d'exemple,
pour nous empêcher
de désirer le mal comme l'ont fait
nos pères.


Ne devenez pas idolâtres,
comme certains
d'entre eux,
ainsi qu'il est écrit :
Le peuple s'est assis pour manger
et pour boire, 
et ils se sont levés
pour s'amuser.


Ne nous livrons pas
à la débauche,
comme l'ont fait certains d'entre eux :
il en est tombé vingt-trois mille
en un seul jour. 


Ne mettons pas
le Christ à l'épreuve, comme l'ont fait certains d'entre eux :
ils ont péri mordus
par les serpents. 


Cessez de récriminer contre Dieu
comme l'ont fait certains d'entre eux :
ils ont été exterminés.


Leur histoire devait servir d'exemple,
et l'Écriture
l'a racontée
pour nous avertir,
nous qui voyons arriver la fin des temps.


Ainsi donc,
celui qui se croit
solide,
qu'il fasse attention
à ne pas tomber.

Réflexion pour le 3e dimanche du Carême C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 13, 1-9

A ce moment, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice. Jésus leur répondit :
« Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux.  Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?  Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. »

Jésus leur disait encore cette parabole :
« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : 'Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?'  Mais le vigneron lui répondit : 'Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier.  Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.' »


Luc mentionne deux exemples, celui des résistants galiléens massacrés alors que leur venue à Jérusalem visait à accomplir leurs devoirs religieux et celui des victimes de la chute d'une vieille tour intégrée à la ville sainte. Les paroles de Jésus sont dures : Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière! Luc n'a vraiment pas ménagé sa communauté primitive quand il définit les exigences pour suivre Jésus.

Ce qui est frappant, dans ce texte, c'est le lien que Jésus établit entre la chute de la tour de Siloé et la repentance à laquelle nous sommes tous appelés. Face au malheur de l'homme, Jésus ne cautionne pas l'idée juive très répandue à l'époque  selon laquelle la souffrance devait nécessairement être considérée comme une sanction, un châtiment pour un péché particulier. Jésus ne cautionne pas cette idée, mais il ne dénonce pas pour autant le rapport qui existe entre malheur et culpabilité. Car Dieu parle aussi aux hommes à travers les événements, et à travers les épreuves en particulier.

Pourquoi la souffrance? Bien malin qui pourra donner une réponse satisfaisante. Il y a le mal qui nous tombe dessus à cause des imperfections de la nature : séismes, avalanches, inondations...  Il y a la souffrance dont l'homme est directement responsable. Si j'abuse de l'alcool, si je suis un casse-cou sur la route, je prends des risques et je m'expose un jour à devoir en assumer les effets. Le mal est aussi conséquence du péché, du désordre que l'homme est capable de mettre en lui et autour de lui: comme Pilate qui fait massacrer des juifs en plein office liturgique. Nous sommes tentés de trouver un ou des responsables, un bouc émissaire. Souvent, c'est Dieu qu'on accuse, mais Dieu avec une image défigurée.

Dieu ne fait pas notre histoire. Il intervient au coeur des événements dont nous sommes premiers responsables individuellement ou collectivement. Le péché personnel n'a rien à voir avec le malheur qui surgit à l'improviste. Il s'agit là d'une manière incorrecte de situer Dieu dans ses rapports aux hommes.

Le mot conversion du texte est à prendre au sens large. Le contexte invite à ne pas l'interpréter comme regret des fautes par crainte d'un jugement. Se convertir c'est changer de conduite, sortir des erreurs et errements passés. Ce "retournement" est l'aboutissement de la conversion, mais la conversion, en sa profondeur, ne réside pas là. Elle consiste en un transfert de confiance : il s'agit de passer de la confiance reposant sur nos capacités, nos productions personnelles, notre bonne conduite, notre observation de la loi ... à la confiance en Dieu seul. Il s'agit de renoncer à nos idoles, aux oeuvres de nos mains. Ce sont des oeuvres mortes qui ne pouvent rien contre notre mort. Il faut se laisser aller entre les mains du Dieu vivant. Repos, détente, abandon... 

C'est toute l'attitude religieuse qui doit être "retournée". Si nous ne comptons que sur nous-mêmes, nous ne trouverons au bout du compte que nous-mêmes, avec notre incapacité de nous sauver par nous-mêmes, et enfermés dans nos limites humaines. Luc lance une incitation à la pénitence, à la patience,  à la fécondité. Il ne faut pas se contenter d'un engagement désordonné. Il faut d'abord "creuser autour", percevoir quels signes se proposent actuellement. Il faut chercher à déblayer le terrain en aidant à lever les obstacles au message: style et contenu d'une première formation, attitudes, contraste apparent avec la culture scientifique etc... Si nous ignorons ces points précis, il est inutile d'aller plus avant. Soyons attentifs et patients, nous serons alors en mesure de produire des fruits. Nous sentirons un appel constant à aimer, à aimer surtout les mal aimés, les misérables. Ce sera un appel constant à nous rassembler avec tous ceux et celles qui comme nous, veulent aimer, veulent faire quelque chose pour transformer le monde.

C'est ça le travail des chrétiens et des chrétiennes :  communiquer le bonheur que nous avons d'être les disciples de Jésus dans un monde misérable, un monde qui cherche et ne trouve pas. Dieu veut que nous grandissions, que nous devenions plus que ce que nous sommes. Il ne veut pas que nous fassions une petite prière de temps en temps pour nous donner bonne conscience. Il veut que nous laissions entrer son amour dans notre vie,  que nous laissions son amour envahir petit à petit tout l'espace disponible.

Dieu ne nous laisse pas tomber. Nous devons apprendre à être patient avec nous-mêmes. Nous devons apprendre à nous aimer nous-mêmes, à nous accepter même quand nous ne portons pas de fruit. Même si c'est difficile, cette parabole nous appelle à changer de direction pour devenir de plus en plus ce que nous devons être aux yeux de Dieu. La parabole du figuier est un message de réconfort.  C'est également l'avertissement que le Royaume de Dieu demeure une urgence.

Serge Lefebvre