Le prêtre
recevra
de tes mains
la corbeille
et la déposera
devant l'autel
du Seigneur
ton Dieu.
Tu prononceras
ces paroles devant
le Seigneur
ton Dieu :
« Mon père était
un Araméen vagabond,
qui descendit
en Égypte :
il y vécut
en immigré
avec son petit clan.
C'est là
qu'il est devenu
une grande nation, puissante et nombreuse.
Les Égyptiens
nous ont maltraités, et réduits
à la pauvreté ;
ils nous ont imposé un dur esclavage.
Nous avons crié
vers le Seigneur,
le Dieu
de nos pères.
Il a entendu
notre voix,
il a vu
que nous étions
pauvres,
malheureux, opprimés.
Le Seigneur
nous a fait
sortir d'Égypte
par la force
de sa main
et la vigueur
de son bras,
par des actions terrifiantes,
des signes
et des prodiges.
Il nous a conduits dans ce lieu
et nous a donné
ce pays,
un pays ruisselant
de lait et de miel.
Et voici maintenant que j'apporte
les prémices
des produits
du sol
que tu m'as donné, Seigneur. »
Réflexion pour le 1er dimanche du Carême C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 4, 1-13
Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. »
Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras. »
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.
L'évangile d'aujourd'hui est un texte symbolique et non un récit historique. Le genre littéraire adopté par Luc n'est plus le nôtre mais il nous permet de saisir Jésus encore mieux que ne pourrait le faire une vidéo. Esprits et démons d'autrefois: traumatismes, bactéries et virus d'aujourd'hui. Dans notre monde, les démons ne sont plus une référence pour expliquer les malheurs qui arrivent. Mais c'est oublier l'anxiété, le stress ou la panique.
Tous les êtres humains subissent des tentations. Jésus au désert est dans sa condition d'homme. Il expérimente tout ce que l'homme peut rencontrer dans ce monde: faim, objets pour les convoitises, etc... Lorsqu'on ne se reconnaît plus comme un homme avec ses contraintes et ses limites, lorsqu'on cherche à devenir un surhomme capable de déterminer le bien et le mal en fonction de ses seuls intérêts, alors on cherche à prendre la place de Dieu. C'est le royaume du moi qui n'accepte aucune frustration à mes désirs, aucun délai pour l'assouvissement de mes besoins. La moindre frustration devient intolérable et elle est source de désespoir ! A l'ère des téléphones cellulaires, des satellites et d'internet, c'est comme s'il n'y avait plus de temps ni d'espace, que tout était possible tout de suite. La publicité crée sans cesse de nouveaux besoins, la médecine aimerait tellement avoir une maîtrise totale de l'être humain. Mais ces désirs sont bien de tout temps. Changer cette pierre en pain, c'est toucher du doigt nos besoins de manger, de consommer sans limite, de maîtriser nos instincts de possession. La première tentation du texte vise surtout l'accomplissement d'un miracle: le pouvoir sur les éléments ou les événements.
Jésus accepte le vide, la frustration des besoins immédiats, le temps de l'épreuve. Il ne veut pas devenir un surhomme qui échapperait aux limites humaines. Jésus est venu nous aider à devenir plus humains. Nous avons tous tendance à nous prendre pour des petits dieux solitaires, à nous considérer comme le centre du monde, à tout vouloir concevoir à partir de notre point de vue et de notre perspective . La tentation de puissance du texte c'est aussi la possibilité de dérive au sein de tout groupe, y compris au sein de l'Église. Il ne suffit pas d'évoquer des raisons pastorales pour justifier une position dominante, il s'y cache bien des ambiguïtés personnelles qui peuvent dévier l'esprit missionnaire. La troisième tentation est très souvent à la source des deux autres.
Jésus nous ouvre un chemin nouveau, un chemin où nous pouvons accepter nos limites et en faire quelque chose de positif. Un chemin où nous pouvons prendre le temps de grandir et de croître. Un chemin qui devient un espace de rencontres avec d'autres personnes et de communion. Un chemin où nous renonçons à une fausse immortalité pour accepter aussi que nous devons mourir un jour, tout en ayant confiance que cette mort n'est pas le dernier mot, mais qu'elle est un passage en Dieu.
Claude Ryan avait dit un jour: " Vous savez, je sais bien que personne n'est immortel, il faut bien l'accepter quand c'est notre tour eh puis, j'ai eu une si belle vie ! J'ai hâte de rejoindrema femme et ma mère." Ce n'était pas simplement des paroles de résignation, mais bien des paroles d'un croyant et qui venaient du plus profond de lui-même. Elles venaient dans la souffrance, comme un sentiment de reconnaissance et de confiance au moment de ce dernier passage. Cela semble tout simple à dire mais si difficile à vivre quand la mort se fait proche.
Jésus avait fait une réflexion profonde et ses choix avaient été mûris bien avant les débuts de la vie publique. Dans notre mission chrétienne, nous sommes affrontés aux mêmes choix dans le service de la foi et de la vie missionnaire . Au cours de ce Carême, ouvrons bien les yeux. Il n'est jamais inutile de réfléchir et de mieux orienter le petit secteur dont nous sommes responsables aujourd'hui Il y a des choix à faire, les mirages sont nombreux dans ce désert. Nous sentons la nécessité d'une évolution mais nous hésitons en raison du poids de la tradition. Nous ne sommes plus qu'une poignée de chrétiens convaincus. Il faut investir du temps, de l'intelligence, un certain partage ... il n'y a pas de miracle...
Il faut ouvrir les yeux, se battre contre les démons d'aujourd'hui, emprunter un nouveau chemin, le chemin qui mène au royaume de Dieu.
Serge Lefebvre