Le peuple avait soif.
Ils récriminèrent contre Moïse :
« Pourquoi
nous as-tu
fait monter d'Égypte ? Etait-ce
pour nous faire
mourir de soif
avec nos fils
et nos troupeaux ? » Moïse cria
vers le Seigneur :
« Que vais-je faire
de ce peuple ?
Encore un peu,
et ils me lapideront ! » Le Seigneur
dit à Moïse :
« Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs
des anciens d'Israël,
prends le bâton
avec lequel
tu as frappé
le Nil,
et va !
Moi,
je serai là,
devant toi,
sur le rocher
du mont Horeb.
Tu frapperas
le rocher,
il en sortira de l'eau,
et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi
sous les yeux
des anciens d'Israël.
Il donna à ce lieu
le nom de Massa (c'est-à-dire :
Défi)
et Mériba
(c'est-à-dire : Accusation),
parce que
les fils d'Israël
avaient accusé
le Seigneur,
et parce
qu'ils l'avaient
mis au défi,
en disant :
« Le Seigneur
est-il vraiment
au milieu de nous,
ou bien
n'y est-il pas ? »
Dieu a donc fait
de nous
des justes par la foi ; nous sommes ainsi
en paix avec Dieu
par notre Seigneur Jésus Christ,
qui nous a donné,
par la foi,
l'accès au monde
de la grâce
dans lequel
nous sommes établis ; et notre orgueil
à nous,
c'est d'espérer
avoir part
à la gloire de Dieu. Mais ce n'est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit
la persévérance ;
la persévérance produit
la valeur éprouvée ;
la valeur éprouvée produit
l'espérance ;
et l'espérance
ne trompe pas, puisque l'amour
de Dieu
a été répandu
dans nos coeurs
par l'Esprit Saint
qui nous a été donné.
Alors que nous n'étions encore capables de rien,
le Christ,
au temps fixé
par Dieu,
est mort
pour les coupables que nous étions. - Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie
pour un homme
de bien.
Or, la preuve
que Dieu nous aime, c'est que le Christ
est mort pour nous alors que nous étions encore
pécheurs.
Réflexion pour le 3e dimanche du Carême A
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 4, 5-42
[Jésus] arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : «Donne-moi à boire. » (En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.) La Samaritaine lui dit: « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.) Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi: nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit: « Moi qui te parle, je le suis. »
Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : «Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.
Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : «Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre. Ne dites-vous pas: 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.' Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. » Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme: « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. »
La vie est-elle possible sans l'eau ? Aux yeux des biologistes... non, l'apparition de la vie est impossible sans la présence d'eau. Sur notre bonne vieille Terre, la vie se serait formée sous les océans par environ 3500m de fond. L'eau est essentielle à la vie et à la diversité biologique. L'eau symbolise la force et la douceur, la pureté et l'innocence. Elle éteint les feux et elle est source de vie. Elle est utilisée dans la plupart des rites religieux : eau purificatrice des juifs, eau de baptême pour nous les chrétiens, eau pour les ablutions des musulmans. L'eau apporte et donne un sens à la vie.
Au Québec nous avons de l'eau en abondance, a tel point que la production de l'électricité comprend pour l'essentiel des centrales hydroélectriques (environ 97%). Ce sont les rivières et le fleuve qui ont favorisé la pénétration, le peuplement et l'aménagement des territoires. C'est le Saint-Laurent qui nous a mis au monde et qui nous a permis de devenir ce que nous sommes aujourd'hui. Les plus vieilles agglomérations, Montréal, Québec, Trois-Rivières, les premiers domaines seigneuriaux, les anciens moulins, les routes patrimoniales, leurs ports et leurs ponts se retrouvent tous le long du fleuve, de son estuaire ou de ses affluents. Pour nous, l'eau c'est important.
Être conscient de l'importance de l'eau, c'est encore plus facile dans les régions du monde où il en manque. Les hommes ont fait pousser des fleurs dans le désert, et puisé dans les nappes phréatiques pour irriguer des champs afin de produire du blé, de l'orge, des tomates, des melons, des dattes, des agrumes, voire pratiquer l'élevage des ovins et l'aviculture. Mais à quel prix ? Certaines des pratiques d'irrigation gaspillent l'eau, les systèmes de drainage sont souvent inadéquats, ce qui aggrave la salinité des sols, et le pompage non planifié et non réglementé des eaux souterraines a entraîné une diminution des nappes phréatiques, voire l'assèchement de certaines sources. Dans un rapport sur la mise en valeur des ressources en eau mondiales, publié en mars 2003, le Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau des Nations Unies nous met en garde : si nous n'agissons pas maintenant, la crise mondiale de l'eau atteindra un niveau sans précédent dans les années à venir et l'on assistera à une « aggravation de la pénurie d'eau per capita dans de nombreuses régions du monde en développement ». En septembre 2000, les dirigeants de la planète se sont engagés à réduire de moitié, à moyen terme, la proportion d'individus dépourvus d'accès à l'eau salubre pour des raisons géographiques ou financières. Puis, lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002, un objectif similaire a été fixé : réduire de moitié, d'ici à 2015, la proportion de ceux qui n'ont pas accès à des installations sanitaires adéquates.
L'eau est vraiment importante. Pour l'Église, le Carême de l'année liturgique A est reconnu traditionnellement comme le «Carême baptismal». Les évangiles des 3e, 4e, 5e dimanche du Caême vont en ce sens: l'eau et la lumière sont les signes du baptême et de la vie nouvelle. Le thème de l'eau qui fait vivre une vie nouvelle est bien réel dans le décor samaritain. Jésus est fatigué du voyage, il a soif, ses disciples doivent aller acheter de quoi manger, la femme qui vient au puits accomplit une corvée quotidienne. Elle a une vie familiale pour le moins tourmentée.
Tout rappelle le lot quotidien où rien n'est comme l'imagine l'innocence de l'enfant, où les problèmes n'ont pas toujours de solution, où il faut se contenter de compromis et faire des nuances. La Samaritaine avait sûrement cherché le bonheur. Elle avait pensé le trouver en puisant ailleurs, dans des relations multiples et sans lendemain. Jésus propose à cette femme une eau qui la comblera. La Samaritaine est étonnée et il lui faudra un bon moment pour comprendre que Jésus lui offre beaucoup plus que l'eau pure d'un puits. L'eau dont je te parle, «c'est moi» et moi, je suis le Messie. La femme commence à ouvrir les yeux. La source à laquelle s'est abreuvée la Samaritaine demeure à notre disposition.
Cette source, c'est Jésus. Cette source, c'est la certitude que Dieu nous aime. Il l'a prouvé en nous donnant son Fils qui est mort pour nous faire accéder à la vie éternelle. Cette source, c'est être sûr que l'Esprit Saint habite dans nos coeurs et qu'il nous donne la force d'aimer comme lui, jusqu'au don total.
La soif de Jésus nous fait découvrir une soif encore plus importante: nous y découvrons la source d'eau vive; celle qui nous renouvelle dans la grâce de notre baptême. Au milieu de notre route de Carême, nous faisons halte auprès de Jésus. Comme la Samaritaine au puits, nous avons besoin nous aussi de cette eau vive qui nous permettra de poursuivre la route. Nos fautes, nos erreurs, nos blessures, n'éloignent pas Dieu de nous. Jésus n'est pas venu pour les biens portants mais pour les pécheurs.
Qui que nous soyons, quelle que soit notre situation, quelle qu'ait été notre vie jusqu'à aujourd'hui, soyons conscients de ce que Jésus nous offre. Il nous offre la source jaillissante de la vie éternelle qui a changé la vie de cette femme de Samarie et qui peut aujourd'hui transformer la nôtre.
Il paraît qu'on a coutume de dire, en arabe, que « l'eau, c'est la vie ». Gardons à l'esprit cette devise toute simple chaque fois que nous ouvrons un robinet. Chaque fois que nous buvons un verre d'eau souvenons-nous que la rencontre avec la Samaritaine dure encore.
Serge Lefebvre
d'après diverses sources