Par un seul homme, Adam,
le péché est entré
dans le monde,
et par le péché
est venue la mort ;
et ainsi, la mort
est passée en tous
les hommes,
du fait que tous
ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde.
Certes, on dit
que le péché n
e peut être sanctionné quand il n'y a pas
de loi ;
mais pourtant,
depuis Adam
jusqu'à Moïse,
la mort a régné,
même sur ceux
qui n'avaient pas péché
par désobéissance
à la manière d'Adam.
Or, Adam préfigurait celui qui devait venir.
Mais le don gratuit
de Dieu et la faute n'ont pas
la même mesure.
En effet, si la mort
a frappé la multitude des hommes
par la faute d'un seul, combien plus
la grâce de Dieu a-t-elle comblé
la multitude,
cette grâce
qui est donnée
en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu
et les conséquences du péché d'un seul n'ont pas
la même mesure
non plus :
d'une part, en effet, pour la faute
d'un seul,
le jugement
a conduit
à la condamnation ; d'autre part,
pour une multitude
de fautes,
le don gratuit de Dieu conduit à
la justification.
En effet, si, à cause d'un seul homme,
par la faute
d'un seul homme,
la mort a régné, combien plus,
à cause de
Jésus Christ et
de lui seul, régneront-ils
dans la vie,
ceux qui reçoivent
en plénitude
le don de la grâce
qui les rend justes.
Bref, de même
que la faute commise par un seul
a conduit
tous les hommes
à la condamnation,
de même l'accomplissement
de la justice
par un seul
a conduit
tous les hommes
à la justification
qui donne la vie.
En effet,
de même que tous sont devenus pécheurs parce qu'un
seul homme
a désobéi,
de même tous deviendront justes parce qu'un
seul homme
a obéi.
Réflexion pour le 1er dimanche du Carême A
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 1-11
Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le démon l'emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le démon l'emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras. »
Alors le démon le quitte. Voici que des anges s'approchèrent de lui, et ils le servaient.
Lorsqu'un homme ou une femme part en voyage, il doit savoir où il va. Ainsi en est-il du carême. Le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques. En ce début de carême, Jésus a été tenté au désert. Par définition, un désert est un lieu aride, abandonné, stérile, silencieux et de solitude. Dans notre vie spirituelle il y a parfois un tel lieu: un lieu où l'on se sent seul, abandonné, où l'on n'entend plus la voix de Dieu, et où on a l'impression que Dieu non plus n'entend plus notre voix. Notre vie y semble complètement vide, et on ne ressent plus la présence du Seigneur à nos côtés. Cela est ce qu'on appelle le désert spirituel...
Être tenté, nous connaissons tous ce que ça veut dire car nous sommes des êtres faibles face au mal. Dans l'évangile d'aujourd'hui, le diable attaque les trois grands points faibles de l'homme Jésus et de tout homme : le pouvoir, la possession, la faiblesse de la chair. En tout cela, c'est l'orgueil qui fait notre faiblesse, la tentation de nous croire indépendants de Dieu.
La trilogie du « Seigneur des Anneaux » a connu un grand succès. Les livres de Tolkien, et le film qui en est tiré, se réfèrent à de nombreux thèmes relatifs au sens de la vie : bien, mal, chute, rédemption. L'histoire se passe dans un monde, la « Terre du Milieu », peuplé de races diverses : hommes, elfes, nains, et hanté par un puissant déchu, Sauron, contre lequel plusieurs batailles ont déjà été livrées. Sa puissance vient de l' « anneau de pouvoir », forgé par lui en même temps que d'autres anneaux qu'il a distribués aux rois des hommes, des elfes et des nains. En acceptant les anneaux, ces rois sont tombés progressivement en son pouvoir. Mais Sauron a perdu son anneau il y a très longtemps, et il cherche à la reprendre pour asseoir définitivement son règne sur la Terre du Milieu.
Cet anneau, qui rend invisible lorsqu'on le passe au doigt, confère un grand pouvoir. Mais c'est un pouvoir qui pervertit : les rois des hommes auxquels un anneau a été donné sont devenus des spectres, totalement soumis à Sauron. Tous ceux qui tombent, de gré ou de force, sous sa coupe perdent, plus ou moins vite selon chacun, leur individualité, deviennent mauvais. Ainsi ses combattants, les orques ou gobelins, qui étaient autrefois des elfes ; ainsi Sarumane, le chef des magiciens dont la mission était de protéger la Terre du Milieu, est entré en contact avec Sauron en croyant pouvoir lui résister, mais s'est progressivement entièrement asservi à Sauron. La tentation du pouvoir entraîne un asservissement sans retour à Sauron ; il est tentant de le prendre pour soi, pour faire le bien, pour combattre Sauron même, mais c'est une illusion, tout être séduit par l'anneau en deviendra l'esclave, l'esclave du mal.
Cette histoire nous rappelle la tentation de Jésus au désert : le diable l'emmène sur une très haute montagne, il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire, et lui dit : tout cela je te le donnerai si tu te prosternes et m'adores. Jésus a été tenté, mais là où Adam avait failli, là où Israël avait failli, lui n'a pas failli. Jésus a eu la force de résister. Pendant toute sa vie, Jésus s'est trouvé devant un choix: il avait deux voies pour vivre dans l'humanité sa condition de Fils de Dieu. Soit se comporter selon l'image que les hommes se font de Dieu, une image de puissance, de pouvoir, de richesse et de domination. Soit plutôt se soumettre totalement à la condition humaine mais pour la transformer de l'intérieur avec eux. Jésus a refusé de sortir de sa condition d'homme.
Il n'y a pas de pilule magique contre la tentation. Pour avancer, il faut se lever. Pour vaincre la tentation, il faut prier, jeûner et pratiquer la charité. Nous ne sommes pas seuls dans les tentations, face au mal ou à la mort. Nous sommes avec Jésus qui les a vécues pour nous, qui a combattu pour nous, qui est mort pour nous. Le carême c'est consentir à être ce que nous sommes, accepter de vivre avec nos contemporains, nos voisins dans la solidarité susceptible de bouleverser notre superflu.
Depuis quelques décennies, l'économie domine le monde comme jamais auparavant, provoquant de graves distorsions. Le luxe l'emporte sur la satisfaction des besoins essentiels, la publicité impose des gadgets, l'être humain est réduit au rôle de consommateur aveugle. Dans ce contexte, le système économique flotte comme dans un épais brouillard, menaçant les plus faibles de tomber dans les pires crevasses. L'économie a pour objectif le profit et elle crée des inégalités et de l'exclusion. Jésus, pris dans la tempête des tentations au désert, nous montre le chemin. Il s'appuie sur la parole de Dieu pour rejeter le tentateur : « Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. » On pourrait traduire : ce n'est pas seulement d'argent et de biens matériels que l'homme doit vivre, et ajouter « mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu ».
Pendant ce carême, il s'agit de se mettre à l'école de Jésus. Le carême n'est pas un appel à l'austérité, ni un appel à tester ses capacités. C'est une provocation à l'espérance et à changer le monde.
Serge Lefebvre
d'après diverses sources