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«Le désert de nos coeurs» 
Homélies
Le désert et
la terre de la soif,
qu'ils se réjouissent !

Le pays aride,
qu'il exulte et fleurisse, qu'il se couvre
de fleurs des champs, qu'il exulte
et crie de joie !

La gloire du Liban
lui est donnée,
la splendeur du Carmel et de Sarône.

On verra la gloire
du Seigneur,
la splendeur
de notre Dieu. 

Fortifiez les mains défaillantes,
affermissez les genoux qui fléchissent,
dites aux gens
qui s'affolent :
« Prenez courage,
ne craignez pas.
Voici votre Dieu :
c'est la vengeance
qui vient,
la revanche de Dieu.
Il vient lui-même
et va vous sauver. »

Alors s'ouvriront
les yeux des aveugles
et les oreilles
des sourds. 

Alors le boiteux bondira
comme un cerf,
et la bouche du muet criera de joie.

L'eau jaillira
dans le désert,
des torrents
dans les terres arides.

Le pays torride
se changera en lac,
la terre de la soif
en eaux jaillissantes.

Dans le repaire
des chacals,
les broussailles deviendront
des roseaux
et des joncs. 

Il y aura là
une chaussée,
on l'appellera :
Voie sacrée.

L'homme impur
n'y passera pas
et les insensés
ne viendront pas
s'y égarer.

On n'y rencontrera pas de lion,
aucune bête féroce
n'y surgira ;
seuls les rachetés
y marcheront.

Ils reviendront,
les captifs rachetés
par le Seigneur,
ils arriveront
à Jérusalem
dans une clameur
de joie,
un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie
les rejoindront,
douleur et plainte s'enfuiront.

Réflexion pour le 3e dimanche de l'Avent A

Évangile de Jésus Christ selon saint  Matthieu 11, 2-11

Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »  Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez:Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! »
Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?...  Alors, qu'êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.  Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète.  C'est de lui qu'il est écrit : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour qu'il prépare le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

En décembre 2003, Mme Friesen d'Edmonton en Alberta a refusé qu'un inconnu paie à sa place une amende reçue pour ne pas avoir déneigé son trottoir. Elle préfère aller en prison pour protester contre ce qui lui semble être un règlement injuste. «Quand je sais que j'ai raison, rien ne peut me faire plier», avait déclarée la dame de 69 ans. Elle s'était  présentée en cour pour connaître la date à laquelle elle purgerait sa peine, soit une journée de détention. Mais une mauvaise surprise l'attendait: un inconnu avait payé à sa place les 85$ de la contravention à l'origine de cette contestation. «Je suis fâchée car ça m'empêche d'aller jusqu'au bout, a dit Mme Friesen. Je souhaite que la réglementation municipale soit amendée.» Malgré la réglementation municipale qui oblige les propriétaires à déneiger leurs trottoirs dans un délai de 48h, Mme Friesen soutient que son entrée était parfaitement praticable. La dame a alors exigé que la somme soit remboursée au bon samaritain et qu'une note soit ajoutée à son dossier indiquant qu'elle seule peut régler cette contravention. Les autorités ont indiqué que sa demande sera exécutée. 

L'évangile présente une histoire d'emprisonnement pour des convictions qui est beaucoup moins insolite que l'anecdote de Mme Friesen mais dont la portée a été immense. Jean-Baptiste est emprisonné parce qu'il a eu le courage de prendre ses distances face à l'ordre social de son temps. Ce prophète n'a pas eu peur d'aller au désert pour appeler son peuple à un changement de direction. Le Messie Jésus n'agit pas comme il l'avait prévu et annoncé.  Jésus ne condamne pas, il ne juge pas. Il se contente d'annoncer le Royaume de son Père.  Est-il vraiment le Messie ?  Faut-il en attendre un autre qui viendra mettre de l'ordre dans la société et dans le Peuple de Dieu en détruisant les pécheurs ?  Jean-Baptiste, bouleversé davantage par son questionnement intérieur que par son emprisonnement, envoie donc ses disciples demander à Jésus : «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?». C'est ainsi que Jean-Baptiste exprime son attente, son désir de liberté, sa recherche d'un monde qui n'emprisonne pas les justes.

Jésus fait la louange de Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes de l'Ancienne Alliance, mais il affirme en même temps ses limites.  Jean-Baptiste a annoncé la venue du Messie ; il l'a reconnu lorsqu'il est venu ; il lui a envoyé ses propres disciples ; il a été fidèle jusqu'à remettre en question sa notion de conversion. Du fond de sa prison, Jean-Baptiste a la force de remettre en question ses certitudes, de faire appel à Jésus : Jésus, lui, n'est pas venu pour juger et condamner.

Nous le savons, tous les fanatismes sont engendrés par une conviction démesurée de posséder la vérité ou d'être dans son droit.  L'humanité connaît en ce moment une autre période dramatique de son histoire où une orgie de violence est engendrée par le fanatisme.  La seule solution est le dialogue et le pardon. Nous aussi, nous avons à discerner la vérité qui se présente avec la nouveauté car s'accrocher au connu, c'est rester prisonnier de l'ignorance.

Notre liberté et nos convictions ne doivent pas devenir  notre esclavage, notre prison intérieure. Elles ne doivent pas limiter la liberté des autres. C'est une vérité de  l'économie mondiale comme dans plusieurs domaines de la vie.

Qui peut dire qu'il n'est pas prisonnier d'une habitude, d'un préjugé,
d'une rancune, d'une cupidité,  ou d'une relation qui n'aide pas à grandir?

Qui ne se demande pas à certains jours comment il est possible de
ibérer sa vie?

Le prisonnier ne sort pas tout seul de sa prison. Il lui faut un ami, qui lui tende la main. Le plus difficile, c'est la prison que nous nous infligeons nous-mêmes. Les pires cellules, ce sont celles où nous aimons nous confiner, sans courage ni espoir, mais avec suffisance.

L'évangile d'aujourd'hui nous invite à mettre nos pas dans ceux de Jean-Baptiste, à nous tourner vers Jésus qui est venu pour ouvrir nos prisons, qui est venu pour que les aveugles voient, que les boiteux marchent, que les morts ressuscitent, que la bonne nouvelle soit annoncée aux pauvres. Jésus est venu libérer nos mains, il est venu pour libérer nos pas, il est venu pour relancer notre marche, il est venu pour féconder les déserts de nos coeurs.


Serge Lefebvre
d'après diverses sources