Des textes proposés par le C.P.P.
Reviens à la vie
Retraite Unité Pastorale
par Yves Bégin

Je veux vivre

Il faut regarder la vie avec tendresse. On parle de la guerre, du clonage, de l'avortement. Le Québec est le champion des suicides. Il y a beaucoup de questions autour de la vie. Être vivant, c'est plus que marcher, bouger. Le grand danger c'est d'oublier que nous sommes des êtres humains et des êtres spirituels. La conséquence c'est de dire : je n'ai pas  besoin de Dieu, ou, Dieu va tout faire pour moi. Si ta religion ne te permet pas de grandir, alors pose-toi des questions sur ta religion!

Il faut connaître et éviter les chemins de mort.
Quelques chemins de mort
Être soumis à des croyances mensongères (ex : Je suis nul) ou à une fausse notion de Dieu (ex : un Dieu punisseur, vengeur). C'est avoir des fausses notions de la volonté de Dieu, du don. Par exemple, oublier que j'existe. C'est oublier notre mission, notre différence présente dès la naissance, c'est oublier ses limites physiques, C'est se laisser dominer.

Il faut connaître et respecter les lois de la vie.
Les lois de la vie
1. Je choisis la vie
2. J'accepte mon humanité.
3. Je suis unique (je ne suis pas méfiant de la différence)
4. Je suis un être spirituel.
5. Je suis un être fécond.

Je choisis la vie

Jn 5, 1-18
Après cela, à l'occasion d'une fête des Juifs, Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la Porte des Brebis, il existe une piscine qu'on appelle en hébreu Bézatha. Elle a cinq colonnades,  sous lesquelles étaient couchés une foule de malades : aveugles, boiteux et paralysés.  Il y en avait un qui était malade depuis trente-huit ans.  Jésus, le voyant couché là, et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Est-ce que tu veux retrouver la santé ? »  Le malade lui répondit : « Seigneur, je n'ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l'eau bouillonne ; et pendant que j'y vais, un autre descend avant moi. »  Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. » Et aussitôt l'homme retrouva la santé. Il prit son brancard : il marchait !

Or, ce jour-là était un jour de sabbat.  Les Juifs dirent à cet homme que Jésus avait guéri:  « C'est le sabbat ! Tu n'as pas le droit de porter ton brancard. »  Il leur répliqua : « Celui qui m'a rendu la santé, c'est lui qui m'a dit : 'Prends ton brancard, et marche !' »  Ils l'interrogèrent : « Quel est l'homme qui t'a dit : 'Prends-le, et marche' ? »  Mais celui qui avait été guéri ne le savait pas ; en effet, Jésus s'était éloigné, car il y avait foule à cet endroit.

Plus tard, Jésus le retrouva dans le Temple et lui dit : « Te voilà en bonne santé. Ne pèche plus, il pourrait t'arriver pire encore. »  L'homme partit annoncer aux Juifs que c'était Jésus qui lui avait rendu la santé.  Et les Juifs se mirent à poursuivre Jésus parce qu'il avait fait cela le jour du sabbat.

Jésus leur déclara : « Mon Père, jusqu'à maintenant, est toujours à l'oeuvre, et moi aussi je suis à l'oeuvre. » C'est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le faire mourir, car non seulement il violait le repos du sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l'égal de Dieu.

 
Ce texte contient tous les éléments de la vie chrétienne. Jésus prend l'initiative de la relation. Il parle de paralysie intérieure et extérieure. Jésus ne guérira pas le paralytique malgré lui, celui-ci doit le désirer. Le  paralytique ne connaissait pas Jésus. Jésus allume donc le goût de vivre dans cet homme. « Prends ton grabat » signifie n'oublie pas le passé, les blessures intérieures. Cela signifie aussi :  arrête de brailler et fais quelques chose. Arrête de faire la victime. Jésus m'invite à la vie, pas à pleurer indéfiniment. Jésus m'invite à décider d'être vivant. Dieu n'est pas une béquille.


Il faut choisir la vie, c'est le plus difficile car il faut faire des deuils, sinon il n'y a de place que pour l'amertume. Il faut faire le deuil de notre beauté qui s'en est allée, de notre paternité, de notre santé, de notre intégrité physique. Il faut nommer les raisons personnelles pour lesquelles il est difficile de choisir la vie -  inceste, confiance ou dignité blessées. Un secret en cache toujours un autre. Ensuite, il faut décider de se lever et de vivre! Cela prend du support. Dans l'épisode de Jésus et de Lazare, Jésus a dit : Déliez-le, rendez vivant tout son être. Jésus me demande de rester avec lui, de le rencontrer à travers un médiateur. Ce médiateur est peut-être à côté de moi quand je ne m'y attends pas.

Je peux choisir de souffrir et même de mourir. C'est une solution permanente à un problème temporaire. C'est une perte du sens profond de l'être.


J'accepte mon humanité

J'accepte mon humanité. Tous les événements de ma vie sont des occasions de croissance, ils sont une étape vers le changement. Accepter la réalité est une guérison profonde, cela permet l'accueil d'une autre vie.

J'accepte mon humanité dans toutes les dimensions de mon être (Dieu est dans ma vie et je ne suis pas Dieu tout puissant). Cela veut dire que je ne peux pas combler l'autre parfaitement en tout temps. Devenir parfait, c'est ne pas accepter ses limites. Les parfaits sont morts et ils ne sont pas intéressants. Je suis à l'image de Dieu, mais je ne le suis pas. Je suis un collaborateur de Dieu. Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait, cela veut dire qu'il faut tendre vers une plus grande humanisation dans tous les aspects de notre vie.

Quelles sont les limites de ma vie que je n'accepte pas?
Se croire tout-puissant, c'est nier des évidences. J'ai des limites; par exemple, le temps passe et  il me fait vieillir, il m'apporte de nouvelles limites. Je suis un être désordonné. J'ai des difficultés de communication. Je ne respecte pas toujours la réalité de l'autre.

Quels sont les comportements qui font que je me prends pour Dieu?
J'entends souvent « Je ne prie plus car je ne suis pas exaucé ». On doit plutôt avoir une prière d'abandon et de reconnaissance.

Je me passe de Dieu dans quel domaine de ma vie?
Est-ce que nous pouvons arriver au bout de notre recherche spirituelle? Est-ce qu'un jour au plan physique je serai « complété »? Est-ce qu'un jour au plan affectif je serai « complété »?. C'est la même chose au plan spirituel. Il n'y aura pas la paix parfaite sur terre. C'est le manque qui nous fait chercher. Sur le chemin, on vit de petites béatitudes. L'expérience fondamentale de Dieu, c'est l'expérience du manque.

Je suis unique

Pour être vivant, je dois être convaincu que je suis unique. Dans la bible, quand on donne un nom à quelqu'un, on lui donne une mission unique. Il est donc interdit de se mélanger à l'identité d'une autre personne, car je n'existe plus quand l'autre disparaît. J'entretiens la confusion quand je me courbe devant le pouvoir abusif. J'existe et je suis unique. Cela veut dire que je deviens moi-même en Dieu. Je suis mon propre chemin intérieur, celui qui est inscrit en moi. Je découvre ma propre différence et je la déploie.

Parole du Seigneur : C'est moi qui t'ai créé, Jacob, qui t'ai formé, Israël. Ne crains pas, car je t'ai racheté, je t'ai appelé par ton nom, tu m'appartiens. Is 43,1

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J'étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé ; j'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Is 49,1

Alors les nations verront ta justice, et tous les rois ta gloire. Alors on t'appellera d'un nom nouveau que la bouche de Yahvé désignera. Is 62,2

Et vous laisserez votre nom comme imprécation pour mes élus : « Que le Seigneur Yahvé te fasse mourir! » mais à ses serviteurs il donnera un autre nom. Is 65,15

Être unique, ce n'est pas être soumis en toutes choses, c'est découvrir sa différence et sa mission sur terre. Je ne dois pas avoir peur de dire, moi je suis fait pour ça. Ma mission peut ne pas me satisfaire, je voudrais faire plus. Il suffit pourtant de réaliser quotidiennement ce à quoi je suis appelé. Ma mission est peut-être d'accueillir mes petits-enfants, de leur proposer la foi. J'ai le pouvoir de guérison sur mon conjoint! Le couple est le lieu d'humanisation et de spiritualisation de la personne. Mon ministère intérieur, c'est rendre heureux mon conjoint, c'est d'éduquer mes enfants. Il faut faire confiance, les fruits viendront. Je témoigne par mon exemple, c'est ma mission.

Mon nom est écrit dans le ciel, donc je suis unique! Mes enfants sont uniques. Ils ne feront pas comme moi ou mon conjoint.

Je suis un être spirituel

L'unité intérieure n'est pas le privilège d'une élite. Je dois écouter les appels de l'Esprit en moi. L'Esprit m'habite depuis mon baptême.  Je dois nourrir la dimension spirituelle de mon être, en particulier avec la Parole de Dieu. Elle permet de prendre conscience de mes émotions et de mon corps. Je suis en croissance et en recherche spirituelle. Si on me dit Dieu n'existe pas, il est inutile d'essayer de convaincre car Dieu n'est pas une expérience intellectuelle.

Les blessures psychologiques peuvent brouiller la dimension spirituelle. Je dois reconnaître les trois dimensions de mon être pour atteindre l'équilibre : la dimension affective, la dimension physique, la dimension spirituelle. Se réfugier dans une dimension, en niant ou en négligeant les deux autres dimensions, est une erreur. Je dois faire une démarche vers le cur profond. C'est le lieu de la plus grande profondeur, c'est le lieu où se vit la présence de Dieu. C'est le lieu où j'entre en communication avec Dieu.

Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l'entraîner jusqu'au désert, et je lui parlerai coeur à coeur. Osée,2,16

Notre société combat plus l'Esprit-Saint que le démon. L'Esprit-Saint s'exprime tout doucement dans une brise légère.


Je suis un être fécond

Genèse, Chapitre 1
Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »

Év. selon saint Matthieu, Chapitre 25, 14-30
« C'est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l'un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s'occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres.  De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.  Mais celui qui n'en avait reçu qu'un creusa la terre et enfouit l'argent de son maître.
Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes. Celui qui avait reçu les cinq talents s'avança en apportant cinq autres talents et dit : 'Seigneur, tu m'as confié cinq talents ; voilà, j'en ai gagné cinq autres.  Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.' Celui qui avait reçu deux talents s'avança ensuite et dit : 'Seigneur, tu m'as confié deux talents ; voilà, j'en ai gagné deux autres.  Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.' Celui qui avait reçu un seul talent s'avança ensuite et dit : 'Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t'appartient.'  Son maître lui répliqua : 'Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n'ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l'ai pas répandu.  Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l'aurais retrouvé avec les intérêts.  Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance. Mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents !'

Être fécond, c'est être vivant. Jésus a donné à chacun selon ses capacités. Chacun prend ses responsabilités suite à la confiance qu'il reçoit. Celui qui a enterré son trésor a eu peur. C'est une situation typique de vie. La fausse notion de Dieu a constitué un blocage.

La parabole m'invite à me mettre en route avec le talent, ou les talents, que j'ai reçu. Je ne dois pas avoir peur de m'engager. Le plus grand bonheur d'un être humain, c'est de porter des fruits, c'est se réaliser. Le bonheur c'est avoir une vie féconde. Il est inutile de chercher ailleurs que dans nos enfants, nos réalisations. Les fruits accumulés pourrissent, il faut les utiliser, les donner à quelqu'un. Je donne à la façon que je reçois de Dieu. Pour découvrir ma forme de fécondité, je dois partir du fond de mon cur. C'est bon de donner, je rends l'autre heureux.

Il y a des fausses croyances qui nuisent à ma fécondité. Je n'ai pas été aimé, je ne suis pas capable de donner ce que je n'ai pas reçu (il suffit de connaître le principe de la résilience pour admettre que cet énoncé est faux) . Je n'ai rien à donner, ma vie est inutile, je me demande à quoi je sers. J'attends avant de m'engager d'être libre, compétent.

Il faut utiliser mon talent. Une communauté n'est jamais prête, terminée. Elle est dans la dynamique du changement. Chacun de nous doit être prêt à donner, à se donner. Je ne dois pas attendre la perfection pour agir. Je dois mettre en mouvement la vie en moi. Toute la vie je peux porter des fruits, il y a toujours quelques chose d'autre à faire que d'attendre.

La stérilité, c'est un mal, une souffrance comme la mort. C'est comme le troisième serviteur qui enterre son talent comme on enterre un mort. Se comparer aux talents des autres, c'est enterrer rapidement son talent. C'est une démarche de mort. If faut plutôt regarder ce que je porte d'extraordinaire dans ma vie.

Qu'est-ce que j'ai fait avec ma vie? Jésus demande à ses disciples d'aller en eau profonde. Allons, nous aussi, au large. C'est l'Esprit-Saint qui me fait passer de la stérilité à la fécondité. L'Esprit-Saint m'appelle à agir et il me montre le chemin pour apprendre. C'est un chemin où se trouvent des témoins. Il faut être capable de discerner l'appel de Dieu. L'enjeu majeur de notre vie, c'est porter des fruits ou enterrer un don. Je dois me mettre à l'uvre immédiatement.

Quel est le trajet pour transmettre la vie, pour être fécond?


1. Il faut ouvrir sa porte et être ouvert à la présence de l'Esprit.
2. Il faut prendre le temps d'écouter et d'entendre, il faut faire taire les voix mensongères -  je suis nul!
3. Il faut laisser monter en moi le désir de la vie, il faut trouver la Parole qui me nourrit- L'attitude d'accompagnement de Jésus avec les disciples d'Emmaüs.
4. Il faut donner avec amour.
5. Il faut réaliser ce que nous pouvons être l'un pour l'autre. Il faut vivre le rôle du couple, de la famille, de la communauté  c'est une source potentielle de conflits mais aussi une source de fécondité.
6. Il faut montrer sa gratitude. Il faut reconnaître le talent de ceux qui m'entourent, de ceux qui me font vivre. Cela engendre le bien-être, le plaisir. Cela ré-engendre. Cela redonne la vie. Engendrer c'est le travail que j'ai à faire auprès de mes enfants. C'est faire naître l'estime de soi. Dire à mon conjoint que je l'aime, cela fait revivre.

Il faut ré-engendrer la communauté.

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