Homélies
Des textes proposés par le C.P.P.
Je ne vois plus Dieu comme avant
Retraite paroissiale
par Paul-André Giguère


25 mars
Je ne vois plus Dieu comme avant

Dieu. Seigneur. Jésus. Allah. Énergie. Grand Tout.

En quel Dieu croyons-nous ou essayons-nous de croire ?

En quel Dieu croirons nos enfants et nos petits enfants ?

Nos images de Dieu changent. Elles se multiplient, se simplifient, s'enrichissent, se purifient... Quand convient-il de s'en inquiéter ? Quand convient-il de s'en réjouir ?

Le changement dans notre manière de voir Dieu et de concevoir nos rapports avec lui est normal.

Il n'y a pas d'approfondissement spirituel, il n'y a pas de maturation spirituelle,
       il n'y a pas de cheminement intérieur qui n'implique ce genre de changement.
Par exemple:
passer d'un Dieu force cosmique anonyme et plutôt indifférente
au sort des humains à un Dieu personnel qui prend à coeur
notre désir profond,
passer d'un Dieu comptable méticuleux à un Dieu dont la
sagesse nous échappe,
passer d'un Dieu de la Loi qui attend la perfection à un Dieu
de la pure gratuité dans l'amour, de la plus totale antériorité
dans la miséricorde,
passer d'un Dieu d'une tradition à un Dieu universel.

Mais c'est vrai que parfois, les changements dans la manière de voir Dieu
se dégradent au lieu de se purifier ou de s'approfondir.

Aujourd'hui, on ne peut plus aborder la question de Dieu sans tenir compte du contexte plurireligieux dans lequel nous vivons. Nous y vivrons de plus en plus. Les autres chrétiens, comme les évangélistes, les non chrétiens comme les bouddhistes, les mormons, les musulmans, les juifs, les amérindiens... chaque tradition a son rapport au divin. Aucune n'est un accident de l'histoire. Toutes les traditions sont des voies vers le Mystère. Pas équivalentes, sans doute, mais des voies.

Il est important de bien situer la richesse de notre tradition spirituelle, la tradition chrétienne, dans notre rapport à Dieu.

Textes de la soirée


26 mars
Apprendre à voir Dieu à la manière de Jésus

On ne comprend rien à Jésus, ou on ne le comprend que partiellement, si on ne se rappelle pas qu'il était Juif. Il a été façonné par sa tradition et il n'y a jamais renoncé. Cela nous permet de comprendre cinq grandes convictions de Jésus sur Dieu, des convictions qui ne sont pas originales, mais qu'il partage avec tous les autres Juifs. Et que nous aussi, nous partageons avec eux.

Un Dieu unique.
Dieu est unique pour Jésus.
Unique point d'appui pour sa vie.
Unique lieu de confiance.
Au point qu'on ne saurait être partagé entre deux maîtres :
Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent.
Dieu et le prestige.
Dieu et la popularité.
Dieu et le pouvoir.

Édifier sa vie sur Dieu unique,
c'est un signe de maturité de foi.
Pas le seul,
peut-être pas suffisant.
Mais solide.

Un Dieu personnel.
Un Dieu qui dit « Je ».
Un Dieu auquel on peut dire « Tu ».
Cela veut dire un Dieu qui est vivant.
Par conséquent, un Dieu qui sait.
Un Dieu qui veut.
Un Dieu libre.
Un Dieu qui aime.
Un Dieu qui pardonne.
Un Dieu auquel nous ressemblons par le meilleur de nous-mêmes.

Édifier sa vie sur Dieu personnel,
c'est un signe de maturité de foi.
Pas le seul,
peut-être pas suffisant.
Mais solide.

Un Dieu créateur.
Un Dieu créateur qui tient le monde dans l'existence.
Une création qui a quelque chose de divin :
elle est bonne.
Dieu vit que cela était bon.
La création est belle.

Édifier sa vie sur Dieu créateur
qu'on retrouve dans la nature et tout ce qui est créé,
c'est un signe de maturité de foi.
Pas le seul,
peut-être pas suffisant.
Mais solide.

Un Dieu libérateur de et dans l'histoire.
Ce n'est pas dans un désert,
sur une haute montagne,
au fond d'une grotte que Dieu se donne à rencontrer,
pas plus que dans le tremblement de terre,
le feu,
le tonnerre
ou l'ouragan.
C'est dans nos projets humains,
dans notre désir de réussir notre vie,
dans notre désir de réussir l'humanité
et son histoire.
Mais cette présence de Dieu n'est pas n'importe laquelle:
c'est celle qui sauve.
Celle qui libère.
Celle qui ouvre.

Édifier sa vie sur Dieu libérateur,
en combattant toute forme de prison et en cherchant la liberté,
pour soi et pour les autres,
c'est un signe de maturité de foi.
Pas le seul,
peut-être pas suffisant.
Mais solide.

Un Dieu fidèle.
Un Dieu qui s'engage.
C'est l'alliance.
Un Dieu qui se souvient,
dit souvent la Bible.
Un Dieu qui promet
et qui a de la suite dans les idées.
Un Dieu qui achève ce qu'il a commencé.

Édifier sa vie sur Dieu fidèle,
c'est un signe de maturité de foi.
Pas le seul,
peut-être pas suffisant.
Mais solide.

Il est arrivé à Jésus de faire apparaître des déformations du visage de Dieu. Des déformations, des défigurations qui, à l'origine, étaient bien intentionnées. Jésus, le Juif, a cherché à restaurer l'image de Dieu qui s'était progressivement dégradée dans le judaïsme de son temps.

Jésus a combattu le légalisme des scribes qui réduisaient l'existence à une soumission aux 613 commandements, auxquels s'ajoutaient les éléments de la tradition des anciens, comparable à la charia des Musulmans modernes. La relation à Dieu, pour Jésus, n'a pas grand chose à voir avec l'observance le plus scrupuleuse possible d'un code de lois, même de lois religieuses. Pour Jésus rien ne doit être un absolu face à l'unique absolu : l'amour de l'autre. L'amour concret. L'amour qui fait vivre. Qui arrache au mépris, ou à l'isolement, ou au dénigrement, ou à l'abaissement de quelqu'un à ses propres yeux. Dieu ne veut personne courbé, mais tous debout.

Dieu n'est pas dans rites, mais dans la compassion et la miséricorde. Si tu vas à l'autel et te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande...

Dieu pas dans le passé, mais dans l'avenir. Le Règne de Dieu... C'est pour ça qu'il y a le pardon : pour que personne ne soit prisonnier de son passé, pour ouvrir l'avenir. Dieu n'est jamais par en arrière, mais toujours par en avant.

Le Dieu de Jésus est, essentiellement, le Dieu de l'Ancien Testament, le Dieu de la foi juive, restauré dans ce qu'il a de plus vrai dans son rapport à l'humain, affranchi de tout ce qui réduit Dieu à n'être que la pièce centrale dans la dynamique de la religion. Mais Jésus a aussi apporté du neuf, comme la fleur qui succède au bourgeon.

Textes de la soirée

27 mars
Vers une foi adulte

Comment Jésus nous conduit-il dans ce monde difficile, dans cette vie difficile ? La foi adulte à laquelle il conduit ses disciples est libre et personnelle, abandon confiant à Dieu, donnant sens à la vie et l'unifiant, rendant capable de tenir bon dans l'obscurité, éclairée et sensible à l'expression symbolique.

Une foi de plus en plus libre et personnelle

Venez voir...
Si tu veux être parfait...
Si quelqu'un veut être mon disciple...
Viens, suis-moi...
Voici que je me tiens à la porte et je frappe :
si quelqu'un m'ouvre, j'entrerai chez lui
et je mangerai avec lui
et lui avec moi...

De plus en plus libre, la foi mûrit lorsqu'elle est de plus en plus personnelle. C'est-à-dire quand nous sommes capables d'être nous-mêmes dans la foi. C'est ce que Paul rappelle souvent à la première génération des chrétiens : Nous avons des dons qui diffèrent, selon la grâce qui nous a été accordée (Rm 12 6). L'Esprit distribue ses dons comme il veut, en vue du bien de tous (1 Cor 12 7). Notre foi est plus adulte lorsque nous avons cessé de chercher simplement à nous conformer à l'idéal du bon chrétien et que nous avons assumé notre différence et notre singularité dans la foi et dans l'Église.

Une foi pleine confiance en Dieu

Une confiance qui peut aller jusqu'à l'abandon total. C'est de cette foi qu'il est toujours question dans la Bible. C'est ce qui émouvait tellement Jésus chez la femme cananéenne qui le suppliait de guérir sa fille

Une foi qui est une réponse libre et confiante nous situe dans l'ordre de la relation avec Dieu. On pourrait appeler cela la dimension affective de notre foi, puisque cela suppose un attachement à Dieu et à Jésus. La relation maître - disciple repose sur ce lien, sur cet attachement.

Une foi qui donne du sens à notre existence et qui l'unifie.

Accepter les priorités de Dieu et de Jésus c'est recevoir un sens à notre vie et le faire sien. Peu à peu, prendre nos décisions, faire nos choix, accepter certains refus pour donner de la cohérence à notre existence. Et puis, bien sûr, vivre selon nos convictions. Ils disent mais ne font pas, c'est le reproche que fait Jésus aux scribes de son temps. Une foi adulte cherche à éliminer les contradictions et réduire l'écart entre les convictions et la vie réelle. Elle introduit progressivement dans une sorte de transparence qui fait du croyant adulte une sorte d'Évangile vivant, de cinquième évangile, d'évangile pour notre temps.

Une foi qui tient bon dans l'obscurrité et dans l'épreuve

L'épreuve, la contradiction, la souffrance, l'obscurité sont la grande épreuve de la foi. La foi infantile est incapable de porter l'expérience du silence et de l'absence de Dieu. La personne se révolte, ou encore elle se laisse ébranler et déborder par le doute. Mais si on sait s'attacher à Jésus, on peut renverser le mouvement.

Une foi éclairée

Une foi est encore infantile quand elle confond l'essentiel et le secondaire. Quand elle ne fait pas vraiment de différence entre ce qui est central et ce qui est accessoire. Quand elle est crédule, sans esprit critique. Quand elle n'est qu'émotive, incapable ou craintive de se poser des questions. De se laisser remettre en question. La foi est adulte lorsqu'elle implique une vision juste de Dieu. Du Christ, de son projet de salut pour nous, de notre responsabilité de croyant.

Une foi sensible à l'expression symbolique

Pendant des décennies, nous avons réduit les symboles à des enveloppes sans importance, des coquilles qu'il fallait briser pour avoir accès à des idées. C'est rien qu'un symbole ! est une expression qui dit bien cette dévaluation du langage symbolique. Prenons un exemple : Jésus qui marche sur les eaux et Pierre qui marche avec lui. Pendant toute une période, on a réduit ce récit à une idée théologique : le Christ ressuscité a vaincu la mort et le chrétien, par sa foi, participe à cette victoire (...) Nous avons traversé une période difficile pour les symboles. Et la foi de plusieurs s'est appauvrie parce que l'expression symbolique est essentielle à la maturité de la foi.

C'est comme l'amour. Pas d'expérience amoureuse sans une accumulation de signes, de gestes, de paroles ou de regards qui ont une portée symbolique, une portée qui échappe à ceux qui ne sont pas dans la relation. Un symbole contient toute une réalité qu'il évoque, avec laquelle il met en contact, dans laquelle il fait entrer, souvent avec l'émotion. Ce n'est pas pour rien que la Bible et Jésus ne parlent de Dieu et de son action qu'en images et en symboles : pasteur, berger, rocher, citadelle, feu, lumière, source... Ils parlent de nous comme la prunelle de l'oeil ou comme gravés dans la paume de ses mains : quelle richesse ! Dans notre tradition, nous avons toute l'expression rituelle, souvent bien banalisée, mais qui a tout le potentiel de nous conduire dans le monde des réalités spirituelles et de nous les faire ressentir, éprouver. Une foi adulte vit les symboles et les rites.  Elle sait aussi en inventer.
Textes de la soirée

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