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« À Jéricho de bon matin»

Qu'est ce qui pousse Zachée à sortir de chez lui ?

Qu'est ce donc qui le fait traverser la foule qui le hait ?

Simple curiosité face à Jésus ?

La curiosité vaut-elle la peine de se percher sur un sycomore quand on est un notable ?

Il doit donc y avoir autre chose. C'est le désir d'une vraie rencontre.


Zachée descends donc le seigneur t'attend,

Zachée descends donc
il est là,
                                   Zachée descends donc le seigneur t'attend,

Zachée ouvre lui ta maison !


Zachée est un malade d'amour mais la foule n'a pas su lire la détresse de l'homme. Jésus, lui, d'un seul regard, a vu sa tristesse. Il a compris le SOS. « Il leva les yeux et l'interpella ».


Jésus provoque. Il prend l'initiative de la rencontre tant espérée. Il brise le cercle de la tristesse. Contre toute attente, contre toute règles, contre toute conformité, il s'invite lui-même chez cet homme tellement détesté et craint à la fois.


Il aura fallu d'une simple rencontre pour que tout se libère en Zachée. Tout joyeux, il accueille Jésus chez lui. Y- a-t-il quelqu'un de plus joyeux que Zachée à cet instant ? Le voici à nouveau capable de partage, capable de se donner, capable de joie, délivré de son mal.





« Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham.
En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ! »




Réflexion pour le 31e dimanche du Temps Ordinaire C


Imaginez-vous la cité de Jéricho de bon matin: les senteurs des dattes, des palmiers, les caravanes d'épices en route pour l'Orient... Quel bel endroit pour prélever des taxes!!! Jéricho était une manne économique extrêmement juteuse pour le gouvernement romain. La ville devait fourmiller de percepteurs en tout genre, n'hésitant sans doute pas à exiger quelques deniers supplémentaires pour arrondir la fin du mois, ou pour se payer la dernière "toge" à la mode... de Rome bien sûr.

Mais dans Jéricho, ce matin-là, régnait une ambiance différente. C'est que le dénommé Jésus -ce prophète qui  accomplit de si étonnants miracles, qui enseigne de manière radicalement opposée aux scribes, et qui vient de guérir Bartimée l'aveugle- arrive en ville. La population se presse, la foule s'enfle. On se bouscule aux coins des rues, aux balcons, sur les toits: c'est au premier qui verra Jésus. Mais dans cette foule il y a un homme ballotté, refoulé: c'est le petit Zachée.

Pas facile de vivre dans un monde de grands quand on est de petite taille. Dieu sait les moqueries et les quolibets qu'a dû enduré notre bonhomme. Alors on se ferme, on se blinde. On pense à l'avenir, et à s'élever au-dessus des autres pour pouvoir se venger de ce qu'ils nous ont fait subir... Et voila Zachée qui gravit les échelons, qui prend du galon et qui devient chef des péagers, des percepteurs.

Mais le cadeau est empoisonné; cela n'a rien arrangé. Il s'est élevé, mais n'a rencontré que du mépris. C'est vrai que le métier qu'il a choisi n'était pas très apprécié en Israël, à cause du "zèle" que mettaient les péagers à récolter les impôts. Nous imaginons donc bien le désarroi et l'amertume de Zachée. Sa vie est désespérément vide. Il n'a aucun ami, hormis les gens de son "milieu" qui sont pour la plupart des menteurs et des voleurs.

C'est pourquoi ce matin-là, Zachée met tout en oeuvre pour voir Jésus. Il a sans doute entendu parler de ce dernier et du publicain  Lévi qui a quitté son métier pour le suivre (Matthieu 9: 9-13). Cet homme qui mange et boit avec les péagers, qui dort chez eux, doit être forcément différent, extraordinaire. Certains prétendent même qu'il est le Messie d'Israël tant attendu.

Le sang de Zachée ne fait qu'un tour, et malgré la foule il court en avant et monte sur un arbre. Son désir de voir le Sauveur devait être immense. Car ce n'est pas sur un arbrisseau qu'il monte, mais sur un sycomore, arbre très haut pouvant atteindre jusqu'à 30 mètres, ce qui représente une escalade relativement périlleuse.

Et ce Jésus de Nazareth arrive enfin. C'est Zachée qui a dû être surpris: pas de pourpre, ni de couronne sur le Seigneur. Mais dans sa démarche il y a quelque chose de royal. Quelle joie n'a-t-il pas ressenti lorsque Jésus l'appelle par son nom: Descends Zachée. Accueille moi, je veux manger dans ta maison. Zachée se hâte donc de descendre, joyeux, tout en regardant dans les yeux ce merveilleux ami compatissant. Ce n'est pas les cris d'indignation et de mépris qui vont briser cet instant de communion, d'intimité avec Jésus qui lui a parlé non en dominateur, mais en frère.

Puis un flot de repentir monte au coeur du malheureux. Tout ce qu'il a voulu accumuler durant sa vie, il va l'abandonner, tourner la page. Et ce n'est pas rien. La moitié aux pauvres, et le quadruple à ceux qu'il a trompés. En cela il ne fait qu'appliquer la loi, mais quelle libération (cf. Psaumes 41: 2 et Nombres 5: 6-7). Il a eu foi en Christ et lui a ouvert la porte de son coeur. Jésus déclare donc que le salut est entré dans sa maison et le nomme fils d'Abraham, c'est à dire: "Comme Abraham crut à Dieu, et que cela lui fut imputé à justice, reconnaissez donc que ce sont ceux qui ont la foi qui sont fils d'Abraham" (Galates 3: 6-7).

Ce jour-là, Jésus a accompli un miracle. Cette fois ce ne sont pas les murs de Jéricho qui sont tombés, mais ceux du coeur d'un homme perdu qui s'est tourné vers Christ.

Faisons donc nous aussi tomber une fois pour toutes les murailles de notre cur qui empêchent le Sauveur d'entrer. Jésus est là nous apportant le Salut de la part de Dieu. Détachons-nous du monde et de ses soucis. Ne nous laissons  arrêter ou abattre ni par les moqueries qui sont l'oeuvre des insensés, ni par de fausses doctrines qui, comme la foule à l'égard du petit péager, nous empêche de voir Christ tel qu'il est.

Le Sauveur frappe maintenant pour entrer dans le coeur de chaque être humain. Allons-nous et voulons-nous le laisser entrer?  C'est Son voeux le plus cher. Il a donné Sa vie pour cela.

Serge Lefebvre