J'ai peut-être renoncé à prendre à la lettre les paroles de Jésus qui nous disent que la foi peut transporter des montagnes et déraciner des arbres, mais qu'est-ce que j'ai fait de leur sens?
Je ne crois plus au merveilleux, mais est-ce que je crois encore au Royaume?
Je respecte la douleur de ceux qui sont durement éprouvés, même si elle s'exprime avec une consonnance de blasphème.
Moi-même, je n'essaie pas de me cacher mes moments creux. Mais je m'efforce de guetter à travers eux la Parole du Seigneur.
Je guetterai ce que dira le Seigneur, décide le prophète au milieu de son désespoir; et il l'a entendu. Dieu l'a assuré que la vision d'un monde meilleur se réaliserait, mais seulement au temps fixé. Elle tend vers son accomplissement, dit-il, elle ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la: elle viendra certainement à son heure.
Réflexion pour le 27e dimanche du Temps Ordinaire C
La foi peut être bien différente d'une personne à l'autre, Certains n'ont pas beaucoup de foi et l'entretiennent peu. D'autres croient seulement à l'argent: plus on gagne d'argent, plus la vie devient importante. D'autres rêvent d'avoir du pouvoir dans la société. D'autres croient aux magiciens, aux sorcières, à Nostradamus, aux lignes de la main. Il y en a d'autres qui ne croient à rien du tout. Mais il y en a aussi qui croient à la présence de Dieu dans notre monde, un Dieu qui est vivant, un Dieu qui est père, un Dieu qui nous a envoyé Jésus.
Les apôtres voulaient augmenter leur foi, comme si la foi ça pouvait s'augmenter comme une allocation, un avoir. La foi ce n'est pas un avoir, c'est une manière d'être. Jésus compare la foi à grain de moutarde. Un grain de moutarde c'est tout petit mais, quand on le met en terre, il devient une grande plante, une des plus grandes plantes du jardin. Il faut comprendre que si j'avais de la foi en mon coeur, juste comme ça, je changerais le monde. Quand Jésus fait une comparaison avec un arbre qui se déracine et se jette dans la mer, il exhorte les apôtres à se déraciner, à sortir de leur cocon, de leur égoïsme. Il les invite à se planter dans la mer. C'est une invitation à être présent dans leur communauté.
Jésus m'engage donc à me déraciner, à être présent, à apporter de la joie, à apporter de l'amour parce que la foi c'est donner de l'amour aux autres. Mais ces jours-ci, à l'automne 2001, nous avons plein de mauvaises nouvelles à la radio, la télévision et les journaux. Suite aux événements que nous vivons, plusieurs expriment leur angoisse devant les laideurs de notre société. Les premières phrases de la première lecture d'aujourd'hui traduisent bien cette angoisse : «Combien de temps, Seigneur, vais-je t'appeler au secours, et tu n'entends pas, crier contre la violence, et tu ne délivres pas! Pourquoi m'obliges-tu à voir l'abomination et restes-tu à regarder notre misère? Devant moi pillage et violence; dispute et discorde se déchaînent. Je guetterai ce que dira le Seigneur.»
Ces paroles, écrites autour de l'an 600 avant Jésus, elles ne viennent pas d'un homme désabusé ou athée, elles viennent d'un vrai croyant, un prophète par surcroît, qui parlait donc au nom de Dieu! C'est dire que, dans la vie des croyants de tous les temps, fussent-ils des plus dynamiques, il y a des moments creux. Et chacun peut alors avoir ou donner l'impression - il ne faut pas s'en scandaliser - qu'il est plus près du désespoir que de la foi et l'espérance évangéliques. S'il en était ainsi dans l'histoire ancienne du peuple de Dieu, il en est ainsi également dans l'histoire actuelle du peuple de Dieu, que nous sommes en train d'écrire. On n'a donc pas à s'étonner d'entendre certains de nos contemporains crier la mort de Dieu; on n'a pas non plus à les mépriser. Nous avons tous des moments noirs à traverser. La foi, en effet, ne fait pas de nous des anges, des surhommes, des magiciens qui peuvent défier les lois de la nature. Nous avons peut-être éprouvé parfois le désir enfantin de prendre à la lettre les paroles de l'Évangile et de déplacer les montagnes ou transplanter des arbres avec la seule force de notre foi! Mais nous savons bien, au fond de nous-mêmes, que le Seigneur ne nous donne pas son Esprit pour nous dispenser d'avoir à assumer notre humanité. C'est lui qui est à l'origine et de notre humanité et de notre foi, afin que celle-ci s'incarne merveilleusement en celle-là, comme son Fils s'est incarné en Jésus. Il est bien vrai, vous savez, que la puissance de la foi est sans limite, puisque c'est la puissance même de Dieu. Dieu ne s'amuse cependant pas à transporter des montagnes ou à planter des arbres dans la mer: il a à réaliser un monde plus merveilleux encore! Et, pour le réaliser, ce monde, il est capable de faire entendre sa voix même dans nos moments noirs, il est capable de faire parler même les silences les plus creux! À travers toutes les faiblesses et toutes les laideurs de notre monde, que nous pouvons avoir en tête aujourd'hui, la voix puissante de Jésus se fait quand même entendre: «N'ayez pas peur, vous, les croyants, de guetter ma Parole: quand je vous parais terriblement silencieux, c'est alors que j'essaie justement de vous rejoindre! N'ayez pas peur de vous fier à ma Parole, mais sans jamais mépriser ceux qui, par désespoir ou par dépit, ne semblent plus y faire attention. »
Si tous les chrétiens, tous les matins ouvraient la Bonne Nouvelle pour en lire juste un petit peu, nous aurions au moins une Bonne Nouvelle. Peut-être que ça changerait nos vies. Peut-être il y aurait un peu plus de lumière dans nos yeux et un peu plus de tendresse dans notre coeur. On ouvrirait plus facilement les mains pour accueillir les autres. C'est l'invitation que le Seigneur nous fait. Il a besoin de toi, de moi, pour changer le monde.
d'après des textes de
Normand Barré et Léon Brillon