Le rêve de Jésus, c'est qu'on se parle, riches et pauvres. Qu'on se regarde, qu'on partage. C'est ça le rêve de Jésus. Et alors, il raconte une histoire, pour les faire bouger en quelques sorte.
Le Dieu de Jésus n'est pas un Dieu de vengeance, de punitions.
C'est le Dieu du pardon, c'est le Dieu de la miséricorde,
c'est le Dieu du partage.
C'est aujourd'hui qu'il faut casser le mur entre les riches et les pauvres.
C'est aujourd'hui et c'est chez-nous, qu'il faut le faire.
Nous sommes tous les enfants de Dieu, nous sommes tous nés du coeur de Dieu.
Il n'y a plus d'étangers, nous sommes frères et soeurs.
Riches et pauvres, nous sommes frères, alors nous sommes invités à partager si nous sommes de la même famille.
Réflexion pour le 26e dimanche du Temps Ordinaire C
Il nous arrive à tous d'être angoissés devant la mort: «N'est-ce pas la fin de tout? Tout n'est-il pas appelé à disparaître comme cendres au vent?» Aucun Lazare ne reviendra de l'au-delà pour nous apporter la réponse à cette question. Il ne serait pas davantage raisonnable, je crois, de chercher la lumière uniquement dans certains récits, si émouvants et si mystérieux soient-ils, qui nous parviennent de personnes ayant quasiment expérimenté la mort. Il serait plus sage de nous appuyer plutôt sur les paroles de Jésus, en particulier sur sa parabole d'aujourd'hui.
Sans doute, on ne doit pas chercher, dans cette parabole, tous les menus détails que notre curiosité bien légitime voudrait connaître sur la vie après la mort: Jésus n'a pas cru bon de nous satisfaire entièrement sur ce sujet, et lui-même a accepté de vivre l'angoisse qui est le lot des humains devant la mort. Mais, à travers un langage imagé, il éclaire quand même beaucoup nos ténèbres...
Il affirme d'abord clairement l'existence d'un au-delà.
Il affirme ensuite aussi clairement qu'il nous faut déjà tenir compte de cet au-delà pour orienter notre vie terrestre, que nous ne pouvons pas attendre après la mort pour nous convertir.
Se convertir, ce n'est pas seulement changer sa façon de vivre moralement: devenir plus honnête, plus généreux, plus franc, etc. Se convertir, c'est modifier toute l'orientation de sa vie, et c'est, par conséquent, changer sa conception de la vie, changer l'esprit avec lequel on la vit.
On ne vit pas avec le même esprit, en effet, selon qu'on considère la vie comme un tout, qui entre dans le néant après la mort, ou comme un chemin, qui conduit à une rencontre avec l'Auteur de cette vie: rencontre partielle et progressive sur la terre, rencontre définitive et achevée après la mort. Dans le premier cas, on vit avec l'esprit du monde; dans le second cas, on vit avec l'Esprit de Jésus(avec un grand E, parce que cet Esprit est Dieu lui-même).
Et l'on n'utilise pas les richesses de la même façon, selon qu'on est animé par l'esprit du monde ou l'Esprit de Jésus. Et l'on n'assume pas, non plus, la pauvreté de la même façon. Cela, c'est vrai pour nous tous, parce que nous avons tous nos richesses et nos pauvretés.
Or, cette parabole nous fait comprendre qu'il nous faut changer d'esprit dès maintenant, qu'il sera trop tard après la mort puisque c'est maintenant que nous avons notre vie en mains. Elle nous fait comprendre aussi - et c'est peut-être ce qui importe le plus, puisque, au fond, il n'y a personne parmi nous qui ne souhaiterait pas changer d'esprit - que changer d'esprit, cela ne se fait ordinairement pas à coups d'interventions miraculeuses et comme malgré nous!
Pourtant, n'est-ce pas que nous sommes parfois tentés de souhaiter un miracle? Si nous pouvons aller jusqu'à reconnaître que notre visage est trop exclusivement tourné vers le bonheur temporel (ou «temporaire»!) et pas assez vers le Seigneur, n'attendons-nous pas quand même trop passivement que quelque chose se produise et vienne pratiquement nous forcer à voir clairement où se trouve le Seigneur et où se trouve le vrai bonheur?
Jésus nous avertit aujourd'hui que ce quelque chose risque bien de ne pas se produire: aucun revenant ne va nous forcer à changer l'orientation de notre vie. Et il nous dit que la réponse à notre question sur la mort, elle est suffisamment claire dans Moïse et les prophètes, c'est-à-dire dans la Parole de Dieu.
Cela implique que nous ne devons pas nous laisser étourdir par la vie actuelle, car nous serions alors trop distraits pour entendre la Parole au fond de nous-rnêrnes. Cela implique aussi, pour nous chrétiens, que nous devons nous efforcer de vivre chaque instant de notre vie terrestre, même les plus difficiles, même les plus énervants, le coeur tourné vers le Seigneur Jésus, puisque c'est lui la Parole: la Parole incarnée, achevée, rendue même visible.
un texte de
Léon Brillon