Homélie du 17e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 29 juillet 2001
Dieu est un père, Dieu est notre père. Ce fait change tout. Il amène une manière bien particulière de penser Dieu, de lui parler, de le prier, celle que nous montre Jésus aujourd'hui.
Si Dieu est notre père, nous faisons partie de sa famille, nous sommes intéressés à lui, intéressés à ce que ça aille bien dans ses affaires. Je me souviens qu'une jeune dame de mes amis me confiait une jour que souvent elle commençait sa prière le matin en souhaitant à Dieu de passer une bonne journée. « Tu sais, me disait-elle, il a des grosses journées à faire! » Je comprends. Sa prière était naïve, elle le savait très bien, mais elle y tenait beaucoup. Elle était intéressée aux affaires de son père du ciel et voulait lui dire. Il doit en être de même pour nous. Ça doit nous déranger quand ça ne va pas bien dans le monde comme à Gênes dernièrement, quand on sabote le Royaume d'amour de Dieu. Ça doit nous déranger quand ça ne va pas bien dans l'Église, quand il manque de prêtres, d'agentes de pastorale, qu'on vit dans l'indifférence religieuse, qu'il y a du tiraillement dans les paroisses. Ça doit nous déranger quand on s'en prend à Dieu, qu'on le ridiculise dans les médias ou dans les conversations privées. Dieu est notre père, nous l'aimons. Nous voulons que son nom soit sanctifié, que son règne vienne, que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Jésus, en nous enseignant le Notre Père, nous a fait pensé à le lui dire.
Deuxièmement, si Dieu est notre père, c'est avec grande confiance que nous devons le prier. Une confiance absolue d'être exaucés. J'entends parfois des gens dire: « Qu'est ce que ça donne de prier ? Dieu ne nous exauce jamais. » Ils me font penser aux enfants qui disent: « Chez nous on n'a jamais rien. » Qui disent à leur mère: « Tu ne veux jamais. » Regardons ce que nous avons. Nous ne pouvons pas reprocher à Dieu de ne pas nous donner le pain de chaque jour. Force nous est de reconnaître qu'il rajoute généreusement le beurre sur notre pain. Bien sûr il ne répond pas directement à chacune de nos demandes, ne fait pas de miracles pour nous favoriser à tout propos. Il respecte notre liberté, il respecte les lois du monde qu'il a créé. Mais, il nous l'a dit, il est avec nous à tout moment, il nous accompagne, il nous soutient. Si nous avons à souffrir, il souffre avec nous comme une mère souffre avec son enfant qui est malade ou qui tout simplement a de la peine.
Troisièmement, Jésus nous demande d'insister dans notre prière.
« Demandez, vous obtiendrez; cherchez, vous trouverez; frappez, on vous ouvrira. » Dans la parabole, il invite quasiment à importuner le Père. Ça peut surprendre. Mais avez-vous déjà vu un enfant, un adolescent par exemple, doser ses demandes, ne pas avoir de bons arguments, ne pas revenir à la charge. S'il fallait, les parents seraient déçus. Ils diraient: « Notre enfant n'a pas de personnalité. » Dieu veut que nous ayons de la personnalité, que nous ayons avec lui une vraie relation d'enfant à père. Ce qui serait regrettable, ce n'est pas que nous demandions des choses à notre père avec insistance, avec adresse comme le Père Abraham dans la première lecture, ce serait que nous cessions de lui parler. Y a-t-il quelque chose de plus triste qu'un père et un enfant qui ne se parle plus?
Enfin, Jésus nous dit dans cet évangile comment Dieu s'y prend pour nous exaucer. « Le Père Céleste donnera l'Esprit-Saint à ceux qui lui demandent ». Ne pensons pas que Dieu se défile, contredit ce qu'il vient de dire, qu'au lieu de nous accorder les choses concrètes que nous lui demandons, il nous donne du « vague ». Il ne peut pas nous donner plus concret. Il se donne lui-même à nous, il nous donne l'esprit de sa famille.
J'ai eu un excellent père. Il n'a jamais pris ma place, ni quand j'étais enfant, ni quand j'étais adulte. Il m'a montré, m'a légué sa manière de voir, sa manière d'agir. Je suis un Auger et j'aime beaucoup qu'on me dise que je ressemble à mon père.
C'est la même chose avec notre père du ciel. Il ne prend pas notre place. Par son Esprit- Saint, il nous donne sa mentalité, sa manière de penser, d'agir, d'aimer, de servir, de pardonner. Il veut que nous lui ressemblions, que nous aimions lui ressembler.
Dans notre prière, comme dans notre vie, dans nos beaux jours comme dans nos mauvais, n'oublions jamais que Dieu est un père, un père pour le vrai et que nous sommes son enfant pour le vrai.
Jean-Louis Auger