Homélie du 15e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 15 juillet 2001
Au cours du voyage que je viens de faire, j'ai vécu un événement qui s'apparente un peu à l'Évangile de ce matin.
Sur la grande place d'une ville que nous visitions, mes amis et moi, un homme s'est effondré devant nous, terrassé par un malaise cardiaque. Nous l'avons ramassé et couché sur un banc. Nous ne parlions pas la langue du pays et ne savions plus trop que faire. Beaucoup de gens passaient de chaque coté du banc et ne s'arrêtaient pas; ils faisaient
des détours. Heureusement pour nous et surtout pour cet homme, un chauffeur d'autobus est descendu de son véhicule, il avait un cellulaire,
il a demandé une ambulance qui est venu chercher la malade devant l'indifférence de tous. Les gens qui passaient sans s'arrêter avaient sans doute de bonnes raisons : un rendez-vous important, une course urgente. Ils avaient peut-être peur, ou encore ils ne voyaient pas comment ils pouvaient être utiles. À cause de leurs préoccupations, ils ont pensé que l'homme n'était pas leur prochain.
Le prêtre et le lévite dans la parabole d'aujourd'hui n'ont pas « beau visage » et sont tristement célèbres. Ils avaient pourtant eux aussi de bonnes raisons de ne pas s'arrêter. Le blessé sur la route était ensanglanté. D'après la loi de Moïse, s'ils lui touchaient, ils devenaient impurs et n'avaient pas le temps de se purifier avant d'offrir le
sacrifice rituel du jour. Ils ont fait un grand détour. À cause de leur loi, ils ont pensé que l'homme ensanglanté n'était pas leur prochain.
« Qui est mon prochain? » demande le docteur de la loi. Jésus répond à cette question par une parabole et en changeant l'orientation, le sujet de la question. « Lequel des trois, à ton avis a été le prochain de l'homme qui était tombé dans les mains des bandits? » Ce n'est pas le blessé, le malade sur la rue qui est le prochain mais ceux qui peuvent le soigner. C'est moi qui doit me faire proche de toute personne qui a besoin moi.
Être prochain, être bon samaritain, c'est très exigeant. On ne choisit pas celui qu'on doit aider, pas plus qu'on choisit ses parents et ses enfants. On ne choisit pas la situation à laquelle on doit répondre. Ça prend du temps, de l'énergie et ça dérange beaucoup. Souvent ça ne finit pas; les situations de misère ne changent pas rapidement et parfois ne changent jamais. On va porter un panier de provisions où on est allé le porter la semaine d'avant; les malades que l'on assiste continuent à être malades et les mourants ne finissent plus de mourir. Et, ce qui est pire, il arrive que les personnes qu'on aide ne semblent pas vouloir sortir de leur misère, elles ne prennent pas les bons moyens pour régler leurs problèmes, et surtout pas ceux que nous leur proposons. Jésus nous invite à aimer pareil, à aider pareil.
« Cette loi que je prescris n'est pas au-dessus des tes forces, ni hors de ton atteinte », avons-nous lu dans la première lecture. « Elle est tout près de toi, elle est dans ta bouche, dans ton coeur afin que tu la mettes en pratique. »
Dans cette messe, nourrissons-nous bien de Jésus. Demandons-lui de permettre à notre coeur d'être le sien.
Jean-Louis Auger
Jésus est le visage de Dieu parmi les hommes. Il nous conduit à Dieu.
Jésus nous entraîne vers une nouvelle façon de vivre ensemble. Une nouvelle communauté humaine est appelée à naître, tout entière inspirée par la nouvelle proximité de Dieu aux hommes, par le souffle de miséricorde et de tendresse venu du Père des cieux. Cette communauté exclut toute domination en son sein.
L'Évangile d'aujourd'hui me rappelle de me faire proche de l'autre.
Il n'y a pas de recette, c'est à moi de laisser entrer l'amour.
Alors, je peux deviner, comment l'écrire chaque jour dans ma vie au contact des autres.
Toi, Jésus, tu nous a aimés d'un amour libre comme l'air, grand comme le ciel, chaud comme le soleil.
Je rêve d'aimer comme toi.
Pourtant, j'hésite à tendre la main, à sourire, comme si j'avais les mains, et le coeur attachés.
Libère-moi, Jésus, toi qui est mon prochain!