Réflexion pour le 14e dimanche du temps ordinaire
le 8 juillet 2001
Après le déluge, la Genèse énumère, au chapitre 10 et selon les versions, 70 ou 72 nations établies sur la terre. C'est sans doute en pensant à toutes ces ethnies que Luc rédige son chapitre 10 où Jésus dessine l'Église.
«La moisson est abondante.» Jésus propose en conséquence l'unique stratégie qui convienne à des croyants. S'il y a tant de peuples à moissonner, que les disciples ne se lancent pas dans l'action comme si le projet dépendait de leurs seuls efforts. Jésus n'a pas «envoyé» seulement les Douze, mais de très nombreux disciples, dont les noms, pour la plupart, ont été oubliés. C'est ici l'oeuvre de Dieu qui s'accomplit et c'est lui qui réalise son oeuvre avec nous. D'où la consigne encore essentielle aujourd'hui: «Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson.»
Sommes-nous des ouvriers de la moisson?
Il faut avoir le courage de parler haut...
C'est là tout le message de Jésus au chapitre 10 de Luc. Jésus envoie
72 disciples de par le monde, pas en touristes, il les invite à parler fort, à foncer, à dire leur fierté sur la route, dans toutes les villes. Il envoie
les 72 - mais les 72, ce sont des visages, des émotions,- il les envoie parler avec leur coeur, il les fait communicateurs et non facteurs qui nous livrent des directives, des règlements, des articles de droit canon. Il les envoie deux par deux, donc les mains ouvertes... comme il a fait l'homme et la femme, comme il a fait son unique commandement et de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain. Il les envoie devant lui, donc il les fait pour le risque et l'aventure. L'Église n'est pas faite pour marcher à reculons, pour traîner le passé, mais pour ouvrir l'avenir.
La piste de départ: la prière.
Direction : le monde.
Avant d'aller, il faut prier,
pousser ses racines en Dieu,
accueillir le projet du Père.
« Priez donc le maître de la moisson ».
Puis « Allez ».C'est urgent, la moisson est mûre.
Pas de temps à perdre.
Tout le monde attend.
« La moisson est abondante ».
Jésus fait des témoins de la tendresse dans un monde de violence : «Comme des agneaux au milieu des loups ». Il les envoie libres : ni argent, ni sac, ni sandales...- « Ne vous attardez pas en salutations...» : pas de grimaces diplomatiques. Bref partir les mains ouvertes avec seulement de l'amour. Dans toute famille, équipe, maison... dites d'abord paix. Ne passez pas de maison en maison, car l'amour ne s'apprend qu'avec le temps. Il ne s'apprend pas en passant, il faut s'apprivoiser, créer des liens.
Quand je me laisse questionner par l'Évangile, l'Église est pour moi une chanson, une danse. Elle commence avec les pas de danse de Cana et son bon vin et avec le feu d'artifice des béatitudes traversant le ciel des coteaux du lac de Tibériade en mille étincelles. L'Église est pour moi un jeu qui se fait projet: je retrousse mes manches et je me mets à bâtir l'Église et le monde, car l'Église et le monde se confondent l'un l'autre sur le chemin.
L'Église est une histoire d'amour où je me mets à écouter battre le coeur de l'autre, qui est Dieu et mon voisin et que je me mets à prendre la parole parce que la parole est comme un petit morceau de Dieu, coincé entre les dents, qui a besoin d'éclater en joie et de courir libre sur la route, car le contraire de la folie du monde, ce n'est pas le savoir, pas même la sagesse, mais la joie des béatitudes.
D'après un texte de Normand Barré
Soixante-douze
Ce nombre n'est pas donné au hasard. C'est un nombre symbolique pour les juifs du temps de Jéus: il représente l'ensemble des peuples non-juifs. Ainsi les hommes et les femmes de tous les pays sont appelés à être des disciples de Jésus.
Dans notre famille, dans notre travail, nous sommes quelques comme des loups. Seigneur, apprends-nous la paix de l'agneau.
Dans le monde, des pays se déchirent comme des loups.
Seigneur, aide-les à découvrir la paix.
Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux.
La vraie valeur du travail ne réside pas dans les pouvoirs miraculeux, mais dans l'acte lui-même d'aller au-devant de Jésus et d'annoncer sa venue.