Réflexion pour le 13e dimanche
du temps ordinaire
le 1er juillet 2001
Dans l'Évangile Jésus nous dit : «Viens, suis-moi lève-toi et marche. Laisse les morts enterrer leurs morts. Pour toi, va-t-en publier le Royaume de Dieu. Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au royaume de Dieu» . Jésus remet le monde en mouvement en faisant de nous ses disciples. Jésus emploie l'image de celui qui met la main à la charrue en souvenir d'Élisée qui labourait avec ses boeufs lorsque Élie l'appela. Libre de tout, il sacrifia aussitôt ses boeufs avec leurs jougs.
Celui qui veut mettre sa vie en accord avec les principes de l'Évangile doit, une fois sa décision prise, en poursuivre l'exécution sans un regard en arrière. Il s'y appliquera durant toute sa vie: aussi, alors qu'il est inutile de recommander au laboureur expérimenté qui pousse sa charrue de ne pas regarder derrière lui, le chrétien doit se rappeler fréquemment que, si son attention se distrait du but vers lequel il avance, ses efforts se relâcheront du même coup . Il ne vaudra «rien» pour le royaume de Dieu, il ne sera jamais un vrai disciple du Christ.
Que faut-il entendre, dans la pratique du christianisme, par ces regards en arrière ?
Il est indispensable d'évaluer le prix de mon engagement chrétien : ce qu'il me rapportera dépassera mes espérances, mais je sens plus vivement ce qu'il me coûte maintenant. Celui à qui Jésus s'adresse dans l'Évangile est un de ceux qui sont prêts à courir la grande aventure du christianisme. Il a pesé le pour et le contre, il a dit : oui. Il va suivre Jésus, c'est décidé, mais... tout à l'heure, ce soir, demain matin au plus tard. « Je te suivrai, Seigneur, perrnets seulement que j'aille prendre congé des miens. » La requête est-elle excessive ? Elle paraît si naturelle. Le délai sera court. Oui, mais le seul désir de ce délai décèle une faille dans la volonté du candidat. Jésus pourtant, ni ne blâme ni ne méprise les sentiments d'affection que cet homme a pour les siens. Par la suite son disciple reverra ses proches, car il n'aura pas cessé de les aimer : mais qu'il soit déjà chrétien quand il les reverra, il ne les en aimera que mieux et plus efficacement. Ce sont eux qui doivent attendre, non pas le Christ.
Vous avez entendu son appel, vous avez résolu de prendre l'Évangile au sérieux et d'en faire la règle de votre vie. En ce cas ne vous exposez pas à un regret en regardant en arrière, vers ce que vous devez nécessairement quitter, ni à droite ni à gauche, du côté de ceux qui vous critiquent ou de ceux qui vous plaignent. Vous avez mis la main à la charrue : ne regardez que devant vous.
Si le premier regard en arrière est inspiré par l'inquiétude, d'autres pourraient ensuite nous conduire au découragement. La tentation est forte, en effet, de se retourner pour comparer au travail déjà fait celui qui reste à faire. La distance parcourue semble alors bien minime à côté de celle qui reste à couvrir. Le Seigneur nous répond : « Ne regardez pas d'où vous êtes partis, mais le terme dont malgré tout vous vous rapprochez. »
Le mécontentement que nous éprouvons à constater combien nous sommes encore loin du but est souvent un indice de progrès. Car, du jour où l'on s'est mis dans la tête de vivre l'Évangile, on est condamné à se dépasser sans cesse. On n'a jamais fini de faire son devoir, parce qu'on se reconnaît toujours de nouvelles obligations. A-t-on agi de son mieux ? il est certain qu'on pourrait agir mieux encore... Plus on se fait exigeant, plus il semble que notre idéal s'éloigne. Ou bien notre déception est due peut-être au peu d'efficacité de notre action. Notre exemple n'est pas suivi ; on ne nous comprend pas. On nous contredit. Plus nous essayons d'évangéliser, de rassembler, plus se manifestent des résistances et des oppositions. Quels maigres résultats nous avons obtenus jusqu'ici, mais, nous ne savons pas quels seront les effets lointains de nos paroles et de nos actes. D'ailleurs, Jésus ne nous demande pas le succès, il nous demande l'effort. Notre insatisfaction présente est la condition même de notre progrès et de votre influence.
Un troisième regard en arrière - le plus dangereux de tous, - est celui qui nous ferait considérer avec complaisance le travail déjà accompli. Celui qui se croit presque arrivé à son but ralentit insensiblement sa marche, bientôt il s'arrête et n'achèvera pas son sillon.
Non, nous ne sommes jamais arrivés. Le plus beau de notre tâche est que nous soyons capables d'avoir une foi en Dieu toujours plus courageuse, et pour nos frères et soeurs une charité toujours plus grande.
Nous trébuchons parfois, nous tomberons peut-être. Relevons-nous sans tarder et reprenons notre course avec un nouveau courage. Chaque fois que notre regard se porte sur Jésus, nous faisons un pas en avant. Je veux me laisser habiter par l'Évangile, justement parce que l'Évangile me renvoie à ma responsabilité d'Homme. Quand Jésus nous dit : «Viens, suis-moi » il nous invite à faire communauté, à dire notre solidarité, à percevoir l'esprit dans lequel il vivait .
À mon tour je peux vivre cet esprit concrètement dans mon quotidien. Je veux me lever et je veux désormais prendre ma vie en charge. Je ne veux plus qu'on soit responsable à ma place, je veux, moi-même, être responsable avec mes frères. Je veux vivre, oui, vivre vivre en homme debout.
Serge Lefebvre
Ce n'est pas suffisant d'obéir à la Loi, dit Paul. Il nous faut l'Esprit pour ouvrir notre coeur tout entier à l'amour des autres.
Le péché du monde c'est croire qu'on est seul important ou faire comme. Le cadeau que nous fait la foi chrétienne c'est de nous rappeler : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu»... «et ton prochain comme toi-même». Le prochain est mis sur le même plan.
Nous vivons dans un monde où il faut faire tout très vite. Nous sommes emportés dans le tourbillon des choses à faire. Mais toi, notre Dieu, tu es là dans la danse de nos vies. Dépêchons-nous, oui, mais pour venir vers toi!
Et nous serons à l'heure à ton rendez-vous.