Réflexion pour la fête de Noël A
A Noël, nos yeux cherchent la lumière du côté de l'Orient comme autrefois les mages guidés par l'étoile. Sans la lumière, nous ne voyons pas. Dans l'obscurité, nous ne voyons même pas l'essentiel. Mais, la lumière n'est pas tout. Il nous faut les yeux illuminés du coeur pour voir l'intérieur des choses, des événements, des personnes. Il nous faut la lumière de la foi pour saisir le sens de la vie, de l'humanité, du destin du monde.
À Noël, c'est à la lumière de la foi que nous pouvons accueillir l'enfant qui naît dans une mangeoire, que nous pouvons le découvrir et le rencontrer comme Fils de Dieu, né de la Vierge Marie. Dans l'étable de Bethléem Jésus s'est manifesté dans toute sa dignité, il est venu au rendez-vous avec l'humanité.
À Noël, Jésus s'offre à tous dans sa fragilité. Jésus est né au cours d'un déplacement. Dans une bourgade où il n'y avait pas de place pour un couple de passage. C'est le sort aujourd'hui encore de tant d'étrangers qui sont rejetés de partout. L'enfant et l'étranger sont des messages. Ils nous révèlent à nous-mêmes et nous introduisent dans le mystère de Noël. Dieu en prenant la condition humaine et le visage d'un enfant ne nous abandonne pas à la solitude et au désespoir. Il est avec nous, chaque jour.
Noël, est-ce seulement le temps d'une larme de tendresse; le temps d'un sourire de nostalgie? Noël apporte enfin un instant de paix et d'espérance, un moment de pardon et de joie, une halte dans les conflits des peuples! Noël, tout simplement, nous délivre de ce qui nous blesse ou nous révolte, de ce qui nous fait peine et nous dégrade, de ce qui s'oppose à ce que nous soyez heureux. Heureux de la vie. Heureux de l'amour partagé, heureux de la souffrance écartée, heureux de la paix qui repousse toute menace.
Mon ami Normand Barré m'a raconté la naissance bien particulière de Michka. Michka, c'est un petit ours en peluche : il a le dessous des pattes en velours rose, deux boutons de bottine à la place des yeux et des points de laine à la place du nez Son histoire elle est comme bien d'autres, puis tout à fait différente. Il est né en Corée, un bon jour comme ça, parce qu'il fallait bien. Tu sais, on ne donne pas naissance aux ours parce qu'on les aime bien, mais pour les vendre à des pays riches. Eh bien oui, Michka est né, non pas parce qu'il était aimé et pour être aimé, mais pour être vendu ! Il est né en même temps que dix mille autres ours, la même journée, dans la même usine, au milieu des bruits d'enfer des machines. Dès sa naissance, on l'a mis dans des grosses boîtes en bois avec une centaine d'autres ours bien entassés et serrés par des lanières de métal. Après avoir passé quelques semaines dans les hangars de l'usine, on l'a expédié dans des wagons, puis ce fut un très long voyage en bateau qui commença. Et il arriva enfin dans un pays du nord.
Michka s'est vite retrouvé sur une tablette d'un grand magasin. Puis un jour, une maman était venue et avait donné à la caisse des billets de banque. C'est comme ça qu'il s'était retrouvé dans une belle grande maison enveloppé dans du beau papier avec un ruban rouge. Il avait revu le jour quelque temps plus tard, un certain soir : c'était la fête d'une petite fille - elle s'appelait Durdu. C'était plein de petites amies et c'est alors qu'on lui avait donné Michka en cadeau.
La vie de Michka n'allait pas être facile, car Durdu était un enfant gâté et plein de caprices. Souvent elle mettait Michka en pénitence dans un coin, elle le chicanait, lui donnait des volées, pour rien ou plutôt pour se défouler. Souvent aussi elle l'oubliait à la belle étoile, il passait des nuits sous la pluie. D'autres fois, elle le laissait sous le lit ou l'enfermait dans une armoire. Pauvre Michka : il lui arrivait bien des fois de pleurer.
Un jour, Michka en avait assez, il décida de quitter Durdu, de partir, il voulait être libre. C'était un jour de décembre. Cher Michka, il marchait dans la neige, il bombait le torse, il tapait du talon, se mettait à culbuter. Il était heureux, il découvrait un monde tout neuf, il n'arrêtait pas de s'émerveiller : c'est si beau la forêt avec ses grands pins, ses épinettes, ses sapins : ils étaient comme recouverts de diamants qui scintillaient au soleil - il y avait aussi les bouleaux blancs et tant d'autres. Michka entendait aussi pour la première fois des chants d'oiseaux, et puis les écureuils qui passaient comme des flèches grimpaient dans un arbre puis dans un autre : c'était extraordinaire. Il n'avait pas rencontré Mme la Marmotte : c'est qu'elle dormait d'un profond sommeil. Il se souvient d'avoir rencontré des gazelles, des orignaux, des chevreuils. Et quel ciel, que ce ciel du nord - un ciel sablé d'étoiles !
Les semaines avaient passé. Michka ne les avait vraiment pas vues. Il s'était retrouvé à Noël. C'était le soir de Noël. Ce soir-là, chacun était invité à faire une bonne action, un plaisir à faire Michka se demandait : "Que vais-je faire ?" quand il entendit les grelots d'un traîneau plein de cadeaux, il était conduit par un renne. Dans les pays du Nord, il y a beaucoup de neige et le Père Noël, à cause de son grand âge, ne peut y aller. Alors c'est Renne qui le remplace. En voyant Michka, il l'invite à monter. Et Michka va distribuer dans chaque cheminée un jouet. Il est fou de joie, il n'a jamais été aussi heureux que cette nuit de Noël. Comme il a bien fait de partir, de quitter Durdu ! "Si j'étais resté, je n'aurais jamais été autre chose qu'un sage petit joujou, et je n'aurais jamais connu une nuit pareille à celle-ci !"
Michka rêvait encore à tout ce qui lui arrivait quand on se retrouva à la dernière maison: c'était une cabane misérable à la lisière du bois. Michka mit la main dans le grand sac, tourna, fouilla: il n'y avait plus rien!
Renne, Renne! Il n'y a plus rien dans ton sac!
Quoi! gémit Renne. Ce n'était pas possible!
Dans cette cabane, il y avait un petit garçon malade : il s'appelait Terry. Demain matin, quand il se réveillerait, il ne trouverait que des boîtes vides devant la cheminée. Non, ça ne se pouvait pas. Renne regardait Michka de ses grands yeux profonds. Alors Michka fit un grand soupir, il regarda autour de lui comme pour se remplir les yeux de tout ce qu'il y avait, comme pour faire de la place à toutes les étoiles. Il haussa les épaules, il s'approcha de Renne, l'embrassa - deux grosses larmes coulaient des yeux de Renne. Puis Michka, levant bien haut ses pattes - une, deux, une, deux - partit vers la maison du petit malade. Michka venait de décider de faire lui aussi sa bonne action de Noël à lui. Jusque là il avait distribué des cadeaux. Maintenant c'était lui qui allait se donner en cadeau, après tout c'était Noël. Il entra dans la cabane, il s'approcha du foyer qui s'était endormi. Et là, il s'assit dans une des bottes du petit enfant malade, du petit Terry, puis il attendit le matin il attendit Terry, son nouvel ami.
Si tu savais planter dans l'aujourd'hui tes rêves comme tu plantes tes choux, tu connaîtrais le bonheur, le bonheur descendrait chez toi.
Noël, c'est tous les jours. Noël c'est un signe qui m'invite toujours à aller plus loin: sur un chemin à parcourir, vers un événement qui va venir, dans une pensée et un sentiment encore à découvrir.
Noël, de siècle en siècle, tant que dure ce monde, est un signe pour les hommes. Noël m'appelle à sortir de mon sommeil, à aller plus loin... Il faut que je suive Jésus, que je marche derrière lui, pour travailler avec lui à la délivrance de tous mes frères et soeurs.
Noël, c'est tous les jours. C'est grâce à la lumière de la foi que nous pouvons le rencontrer aujourd'hui, Jésus Christ vivant, unique Sauveur du monde, dans sa Parole, dans l'Église, dans les sacrements de l'Église, dans nos frères et soeurs, dans les pauvres auxquels il s'est identifié.
Joyeux Noël à tous.
Serge Lefebvre
d'après un texte de Normand Barré