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Peuple de Dieu qui rêve de justice

Homélies

«Es-tu celui qui doit venir?», demandait Jean du fond de sa prison.
Comme lui, nous aimerions mieux te connaître,
Seigneur Jésus,
savoir vraiment
qui tu es.






Parfois, nos images de toi s'entrechoquent.
Elles se brouillent et se contredisent.






Aide-nous à y voir
plus clair,
toi qui rends la vue aux aveugles.
Ainsi, nous verrons le chemin à prendre,
avec toi qui fais marcher les boiteux.



Nous pourrons te suivre
et joindre les rangs des coeurs purs,
grâce à toi qui purifies les lépreux.





Alors, s'ouvriront nos oreilles à ta Parole,
toi qui fais entendre les sourds.




Et nous goûterons enfin à la vraie vie,
avec toi qui ressuscites les morts.




Bonne Nouvelle pour les pauvres que nous sommes!






Réflexion pour  le 3e dimanche de l'Avent A


Il est plus difficile qu'on ne le croit de vivre dans l'espérance. S'enthousiasmer un moment pour la nouveauté de l'heure, chacun peut le faire. «Tout nouveau, tout beau! », dit le proverbe. Les médias sont à l'affût pour nous vanter le dernier truc à la mode, un gadget, une manière de faire. Les slogans traversent la société et captivent l'attention, en politique, en art, dans les affaires. Et jusque dans la manière de penser! Mais garder le cap sur l'espérance, d'une manière constante, malgré les coups durs et les échecs, c'est autre chose.

Quand, du fond de sa prison, Jean Baptiste entend parler de Jésus, il mandate certains de ses disciples pour aller lui demander: «Es-tu celui qui doit venir au devons- nous en attendre un autre?»  Le contexte politique et religieux de l'époque aide à comprendre cette incertitude. Au soin du peuple juif, des groupes s'organisent alors autour de divers maîtres à penser. Chaque groupe a sa couleur propre et se distingue des autres par son idéologie, ses méthodes, ses choix de vie. Les zélotes, très politisés, forment un cercle de révoltés armés, prêts à tout pour renverser le pouvoir romain. Les esséniens, pieux à l'extrême, se coupent des institutions religieuses officielles et préparent à leur manière la venue du jugement divin. Des groupes baptistes proposent des rites de purification personnelle, une alternative aux sacrifices du Temple.

Jean le Baptiste dirige une communauté de ce genre lorsqu'apparaît un nouveau prédicateur, Jésus de Nazareth, qui connaît un succès grandissant. Tous deux partagent une certaine vision du Royaume et la conscience de l'urgence de la conversion. Directement touché par l'entrée en scène de Jésus, Jean doit prendre position par rapport à lui. Jésus est-il simplement une pièce de plus dans la mosaïque des mouvements politico-religieux en vogue? Est-il davantage?

Une deuxième raison, plus personnelle, peut expliquer la question de Jean. Elle tient à la manière dont Jésus mène sa prédication, très différente de celle du Baptiste. Ce dernier parlait avec fougue, annonçant la venue du Seigneur comme une menace. Jésus se montre plus modéré dans ses propos, proclamant bienheureux les doux, les miséricordieux et les coeurs purs (Matthieu 5, 4-8). Jean se trouve alors en prison, empêché de s'adresser aux foules. Est-il possible que la suite des choses appartienne à ce Jésus?

La Bible peut parfois nous donner l'impression que tout est tracé d'avance. Que Dieu décide de l'évolution du monde et que les humains n'ont qu'à suivre le mouvement. Dieu révélerait ses intentions à quelques élus qui se chargeraient d'exécuter ses plans. L'évangile lu aujourd'hui apporte un éclairage différent. Même Jean, celui que Jésus reconnaît comme «plus qu'un prophète», s'interroge. Il se voit confronté à des remises en question. Car il se faisait une tout autre image de «celui qui doit venir». Il a pourtant joué un rôle primordial dans l'annonce du Royaume.

Le temps liturgique de l'Avent offre à l'Église l'occasion de vivre plus intensément l'attente de la venue du Seigneur et pas seulement celle du «p'tit Jésus», à Noël. Comme chrétiens et chrétiennes, nous nous y préparons à notre façon. Nous n'y voyons pas toujours très clair, à la manière de Jean. Il nous arrive de remettre en question notre image de «celui qui vient» et de ce que signifie cette venue. Que cela ne nous prive pas de jouer notre rôle dans l'annonce du Royaume!

Vous en êtes à votre vingtième, trentième, quarantième temps de l'Avent. Une fois de plus, Noël viendra. Vous ressentez la lassitude des perpétuels recommencements. Il n'y a plus l'effet de mode du début, l'emballement de la première fois. L'ennui vous guette. Vous auriez le goût de faire vôtre la question de jean Baptiste: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» Autour de vous, les gens courent à la recherche de nouvelles sagesses. Céderez-vous à la mode ou laisserez-vous la réponse de jésus vous surprendre à nouveau? Car aujourd'hui, c'est plus que jamais le temps de l'espérance.



d'après des textes de André Beauchamp et Jean Grou