Zachée
Monsieur Zachée : qui ne connaît pas M. Zachée?

Il était riche, il avait les moyens de faire parler de lui. Ne va pas trop vite, car il y a bien des manières d'être riche. Zachée était riche, mais il était fou aussi, et sa folie, c'était de ne pouvoir sortir de sa chambre.

Zachée, c'est ce monsieur enfermé dans sa spécialité et qui ne veut pas en sortir.

Zachée, c'est ce monsieur qui ne voit des complexes que chez les autres : « les poètes sont des déséquilibrés, les curés n'ont pas su assumer leur complexe d'Oedipe ». 

Zachée, c'est cet adolescent qui ne veut rien savoir d'autre que de pouvoir terminer au plus vite ses études pour devenir à son tour un monsieur bien installé.

Zachée, c'est toi qui es devenu prisonnier du système et qui continues de le servir parce que, dis-tu, il n'y a rien à faire, les risques sont trop grands et puis après tout, le système ne me sert pas si mal! J'ai un bon salaire, je suis assuré d'une augmentation, chaque année, je suis en sécurité est-ce que je peux désirer quelque chose de plus? Tu es maquignon avec la vie.

Zachée, c'est toi qui es malade de vieillissement, et c'est le vieillissement, et non la vieillesse qui te fait souffrir dès que tu en prends conscience.

Zachée c'est toi qui as sans doute des théories, des idées, des principes pour justifier ta manière d'agir, mais tu ne sais pas te reconnaître, en toi gît par terre ta personnalité. Tout le reste n'est qu'échafaudage. Avec des théories, des idées, des principes, tu peux toujours te constituer une ligne de vie, mais ce n'est pas la vie! Ce n'est pas marcher sur de la vraie terre!

Mais tu sais, Zachée n'était pas heureux jusqu'à ce jour où il est sorti de chez lui de sa chambre. Et c'est sur la route, au milieu de cette foule qu'il méprisait et qui le méprisait qu'il a rencontré l'Amour.

Jésus leva les yeux sur lui. Il avait fini alors d'être seul, quelqu'un l'aimait et lui avait appris que lui aussi était capable d'aimer. Et il avait compris qu'aimer c'était avoir en soi ce désir d'aimer pour n'être plus celui qu'il est tout  fait. Tout restait à faire, car aimer c'est vivre de cette vie qui colle à ta vie comme la boue à tes souliers. Vivre c'est chaque jour accepter le combat avec toi et avec Dieu. Il y aura toujours l'échelle de Jacob entre l'amour humain le plus charnel et l'amour de Dieu dans tout ce qui vit.

L'espérance c'est Zachée qui grimpe dans le sycomore. Quand Jésus partage le repas avec les pécheurs, les exclus, quand il cueille Zachée dans son arbre, il leur redonne confiance en eux. C'est ça vivre la Résurrection. Aujourd'hui c'est accueillir et redonner confiance aux rejetés de la société: les malchanceux, ceux qui ont des handicaps, ceux qui sont seuls, les clochards, les chômeurs.

Mais justement, resteras-tu toujours accroupi au pied de cette échelle, le menton appuyé à tes genoux, les bras liés autour de tes jambes? Sauras-tu sortir de ta chambre?



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Pauvre Monsieur Zachée quand on y pense! Tout le temps qu'il a pris à emballer son propre moi et tu sais, pas avec n'importe quel papier mais avec du papier frappé à l'effigie de César. Hélas! la bourse, c'est plein de fluctuations et la cote Monsieur Zachée devait faire une chute vertigineuse.

Puis un jour, on déchire l'emballage et Monsieur Zachée se retrouve tel un ballon. On lui donne alors plein de coups de pied et Monsieur Zachée se retrouve accroché dans un arbre coincé entre deux branches. Il est malheureux.  Un ballon c'est fait pour jouer avec et on ne joue pas tout seul. On joue avec les autres.

Quelqu'un passe... il décroche le ballon.  Zachée se remet à jouer sa vie. Sa maison redevient le rendez-vous de toute la terre. Et depuis ce jour, on y chante toujours, on y danse toujours. C'est la fête.

Seigneur, tu es merveilleux, toi qui as toujours su accueillir l'autre ; tu as accueilli la samaritaine au puits de Jacob, tu as ouvert la maison de Zachée en t'invitant chez lui.  Chez Zachée, on ne sait plus que fêter.


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J'ai appris que l'amitié ça se vivait beaucoup plus qe ça s'enseignait, qu'il n'y a pas d'amitié véritable sans rencontre gratuite. Il y a eu temps où j'avais toujours des idées derrière la tête quand j'avais à rencontrer quelqu'un. Je ressemblais à ce petit bonhomme de quatre ans Éric.

Un jour, il dit: " Grand-maman, je voudrais des bonbons" - et celle-ci de lui dire:" Maimerais-tu quand même si je n'en avais pas?"  Il se fit alors un grand silence.Puis le petit Éric de dire: " Grand-maman, donne-moi des biscuits" Nos rencontres sont trop souvent accrochées à des intérêts, à des conditions.  Elles sont rarements gratuites. Tu dois aimer tout simplement, non pas  vouloir faire la morale, vouloir donner des leçons, mais faire simplement route avec quelqu'un.

Au fond, c'est là tout l'Évangile. " Si quelqu'un te reqiert pour un mille, fais-en deux avec ". Le Seigneur ne passe pas son temps à faire des sermons - il fait route avec ceux qu'il rencontre.  Et c'est sur la route qu'on rencontre l'autre - il faut sortir de chez soi. Ce n'est pas pour rien que le Seigneur est né presque dans la rue. Ses disciples, il leur a fait signe alors qu'ils étaient dans la rue. C'est dans la rue - une journée dedésoeuvrement - qu'il rencontre Zachée.

L'amitié ( le dialogue ) c'est faire route avec quelqu'un et non faire route à la place de quelqu'un: ce serait alors oublier qu'il y aura toujours une distance infinie entre deux êtres humains, si amis soient-ils. L'amitié, c'est devenir capable d'aimer même cette distance qui nous sépare. Tu sais, les amis, on les retrouve dans la rue, attentifs, pas trop pressés. Et peut-être ne rencontrons-nous personne en vain ici-bas. 


Normand Barré
Normand Barré
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